La Guadeloupe en Traduction

Le blog bilangue d'une traductrice du français vers l'anglais en Guadeloupe

Vocabulaire d’Outre-Mer: Case (Kaz)

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Pointe-à-Pitre, Guadeloupe

Encore une entrée du « Vocabulaire d’Outre-Mer » du Monde.

Another entry from Le Monde’s “Vocabulaire d’Outre-Mer”:

Case

Or, kaz, in Creole. The traditional Creole house found in the West Indies, Guyana and Reunion. Often rudimentary structures, these homes stand out for their lack of windows. Some more elaborate kaz share similarities with grand villas in Louisiana. Many of these kaz, all rather modest, were hastily built after 1848, when freed slaves left the plantations and settled on unclaimed land to build homes that belonged to them.

Written by May

August 27th, 2015 at 5:17 pm

Jacky Dahomay : le peuple antillais

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Rusted sign of Viviès Frères, Pointe-à-Pitre, Guadeloupe
Jacky Dahomay est philosophe, ancien professeur et membre du Haut Conseil à l’Intégration. Très impliqué dans les discussions sur l’identité et la société antillaise, il a été récemment interviewé dans Libération après l’inauguration du Mémorial ACTe.
Ses réflexions paraissent régulièrement dans les médias antillais (Potomitan) et français (Libération, Monde, Mediapart). Voici un extrait (et en dessous sa traduction en anglais).

Je pense que, s’il existe un droit incontestable à l’indépendance, la nation est un choix. Il se trouve que l’écrasante majorité de la population de nos îles refuse l’indépendance et le montre à chaque élection. Dans la situation mondiale actuelle, l’indépendance serait illusoire – même l’Etat grec n’est pas indépendant. L’indépendance, pour un pays de 420 000 habitants ? Cela entraînerait une terrible régression sociale. En même temps, cette appartenance française est mal vécue parce qu’elle n’a pas été voulue dans la clarté d’un débat public. Les Guadeloupéens doivent dire clairement ce qu’ils veulent : l’indépendance ou l’autonomie. Il faut un débat qui implique toute la société civile. C’est de là que peut sortir une vision plus claire du bien commun et de notre appartenance à la France. Je ne vois pas d’autre solution pour l’instant.

Je suis républicain dans ma conception de l’évolution statutaire de nos pays. Le problème est que l’idée de République est en crise. Les difficultés à intégrer les Français originaires d’anciennes colonies le prouvent. Il faut une refondation républicaine, les Antilles peuvent y participer. Il faut aussi une radicalisation de la démocratie, le peuple ne pèse plus assez sur les décisions, les règlements remplacent la loi. Il faut enfin ce que j’appelle une «gauche radicale», qui s’écarte des théories révolutionnaires du passé qui, se fondant sur le droit du peuple, mettaient en sourdine les droits de l’homme et laissaient une large place à la violence.

Mais surtout, ce que je propose, c’est de repenser cette histoire de peuple. Un peuple n’est pas une substance éternelle et immuable, c’est une construction. On est peut-être un peuple au plan de l’histoire, mais il faut faire peuple différemment.

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Written by May

June 22nd, 2015 at 11:56 am

Bonjou foulard, bonjou madras

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Bonjou foula, bonjou madras é kolyé chou
Nou pé ké di adyé lè nou kay an séjou
pas ofèv-la ki soukoudé bijou a-w an kè-nou
sé on mèt a mannyòk an chalé é an lanmou
Nou ké pòté toujou é tou patou
mès é labitid é tout ti-sikré an-nou :
chacha, gwo-ka, kwi é wòb gran doudou
adan valiz an-nou
Rich kon kréziz èvè kilti é founiti
nou pé pati o lwen
révé a lenfini san janmè bigidi ni fè pon chichi douvan sa ki tan nou
dépi nanni nannan kréyòl ritm é zépis ki ka di nou pangan
é fè nou partajé kaladja é migan èvè tèlman plézi ka di mèsi
dé vwè solèy isi adan on ti paradi

Stéphane M, vidéaste de mariage basé à St. Tropez, est venu en Guadeloupe pour la première fois pour du boulot. Il est arrivé avec ses a priori d’une île dépassée par la violence et gangrénée par l’insécurité. Tombé sous son charme tout au contraire, Stéphane a fait cette vidéo comme « un cadeau fait aux Guadeloupéens qui m’ont si bien accueilli ».
La beauté de la Guadeloupe défile dans des images superbement prises : les plages de sable blanc de la Caravelle, la Cascade aux écrivisses, la carapace brillante de la langouste du jour et des bananes plantains sur le feu, les nuages liquides coulant sur le sommet de la Soufrière. La vidéo présente également un poète local, Natichris, récitant l’une de ses œuvres, « Bonjou foulard, Bonjour madras » en créole. Le poème est inspiré d’une chanson antillaise connue composée au XIXe siècle, « Adieu foulard, adieu madras »
Le poème est sous-titré en français dans la vidéo. Pour une traduction en anglais du poème, cliquez sur « To read this post in English »

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Written by May

April 29th, 2015 at 3:49 pm

Daniel Maximin : les antillais face au cyclone

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View of the Saintes island from Grande Anse beach, Trois-Rivières, Guadeloupe

Daniel Maximin est un poète, romancier et essayiste de la Guadeloupe. La force destructrice du cyclone est un thème récurrent dans ses œuvres. Cela est le plus marquant dans son roman L’île et une nuit (1991), le récit d’une femme barricadée dans sa maison pendant le passage d’un cyclone. En 2009, il a été interviewé par Géo magazine pour son numéro spécial sur les Antilles. Voici un extrait (et en dessous sa traduction en anglais) de ses réflexions sur la manière dont l’identité caribéenne est influencée par cet évènement naturel omniprésent.

Après un énorme cyclone au XIXe siècle, le gouverneur français avait lancé : «Il faut maintenant construire à toujours.» C’est- à-dire que l’état colonial entendait mettre le paquet pour montrer aux colonisés, aux opprimés qu’il avait seul la puissance de lutter contre le cyclone. C’était conforme à une vision occidentale du rapport à la nature, consistant à la dominer, à la maîtriser. Au contraire, les opprimés, ceux qui allaient devenir les légitimes occupants de cet endroit, avaient une autre réponse face à la violence du cyclone. Elle consistait, comme le disait mon grand-père, «à donner sa part à celui-ci»… Quand on voit une case antillaise, on se dit qu’elle est fragile, qu’elle n’est pas faite pour lutter contre les cyclones. Or, elle est justement faite pour ça. Il y a du jeu entre la charpente et les tôles du toit. Ainsi, en cas de cyclone violent, le vent s’engouffrera et arrachera le toit, mais la charpente, elle, restera. Il s’agit, de cette manière, de protéger l’essentiel, c’est-à-dire la charpente, en laissant tomber le secondaire, le toit. On voit bien là qu’on est loin de la vision occidentale du rapport à la nature. Il ne s’agit pas de la dominer à tout prix, mais de jouer avec elle, de travailler avec monsieur Cyclone, de lui laisser la cuisine, ou le toit, et de garder la maison. Et garder la maison, ce n’est pas garder toute la maison…

Mais ce qu’il y a de très curieux dans la Caraïbe, c’est que quand on est dans son île, on voit l’île d’à côté. On en voit même parfois plusieurs. Quand il fait beau, chez moi, à la Soufrière, j’en distingue quatre ou cinq, jusqu’à la Martinique. Alors, même sans bouger, on accède à une dimension caribéenne, à cette dimension «archipélique» dont parle Édouard Glissant. On n’est pas enfermé dans l’insularité. Le dépassement de la clôture insulaire est profondément ancré dans l’identité des Antilles. Il s’opère un déni de cette clôture insulaire au profit de la liberté archipélique. Ça touche tout, à commencer par la perception des cataclysmes. Le cyclone, il est chez nous, au sens de l’archipel entier. Celui de l’année prochaine, il va passer peut-être en Guadeloupe, peut-être en Martinique, peut-être à Cuba, peut-être à Haïti… Et on ne se dit pas : pourvu que ce soit le voisin. C’est vraiment quelque chose qu’on ne dit pas ! Non pas que nous
soyons plus humanistes que les autres, mais nous savons qu’il y a une justice, une justesse des cyclones : ils attrapent tout le monde. C’est à la Caraïbe entière qu’ils s’attaquent, une île après l’autre… Ça crée l’idée qu’on est ensemble.

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Written by May

February 13th, 2015 at 5:16 pm

Meilleurs vœux pour 2015

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Best Wishes for 2015

Written by May

December 20th, 2014 at 4:25 pm

Kenbwa an Gwada : Le tout-monde magico-religieux créole

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A dragonfly sitting on a leaf, GuadeloupeKENBWA ou quimbois, tout objet aux pouvoirs maléfiques fabriqué sur commande par un quimboiseur dans le but de nuire.

Le Caraïbe semble inviter à la croyance magique. Une forêt dense, impénétrable. Une histoire peuplée de tribus indigènes, de corsaires, et d’esclaves africains. Une société bâtie sur les fondations de la terreur, de la peur et de la méfiance.

Une ligne très fine existe entre la religion et la superstition. On peut dire que la religion décrit nos croyances, et la superstition décrit les croyances des autres. Une question de point de vue, alors.

Dan un lieu comme la Guadeloupe, il est possible que cette ligne n’existe pas. « Prier Dieux, invoquer le Diable, tout cela chez nous est toutafètman mélanjé, intimement mêlé. »

Hector Poullet, professeur et chercheur du créole guadeloupéen, donne un aperçu sur les croyances de la Guadeloupe dans son livre Kenbwa an Gwada: Le tout monde magico-religieux créole. Présenté comme un tapimandyan ou « un patchwork de l’irrationnel », ce petit livre présente les histoires sur le magico-religieux recueillies par Poullet lors d’interviews.

Pour un étranger, Kenbwa an Gwada se lit comme un recueil de contes folkloriques. Des quimbois faits par des quimboiseurs et posés à un quatre chemin, ou carrefour. Le diable déguisé en granblan, c’est-à-dire un maître d’habitation, monté sur un magnifique cheval noir, ou la diablesse déguisée en jolie chabine, seule sur le bord de la route de campagne le soir, cachant un sabot fendu.

Poullet remarque que beaucoup de Guadeloupéens n’admettront pas croire à la magie d’un quimbois. Cependant, la plupart éviterait scrupuleusement de contrecarrer la volonté d’un quimboiseur !

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Written by May

November 30th, 2014 at 8:21 am

Quel modèle et quels outils économiques ?

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Voiliers à Terre-de-Haut, Les Saintes

Parcourez les allées de tout marché en Guadeloupe, et de manière générale, les produits sur les étagères sont les mêmes qu’on peut trouver en métropole. Même les denrées périssables comme la viande et les fruits et légumes ont souvent une provenance européenne, ayant fait les 6 000 kilomètres par avion. La disponibilité de tels produits est peut-être un point d’honneur pour la plupart des Guadeloupéens, mais la prédominance des imports inquiètent les politiques de l’île.

Selon le dernier rapport de conjoncture économique publié par la Chambre de Commerce et d’Industrie, le taux de couverture des exportations a été de seulement 10%. La même année, la valeur des importations a été de 2,5 milliards d’euros contre des exportations de 253 millions d’euros. Certes, les déficits d’échange ne sont pas forcément mauvais. Cela est problématique, cependant, s’ils sont indicatifs d’un manque persistant de compétitivité, et si le financement du déficit d’échange n’est plus certain. Ces deux conditions, malheureusement, s’appliquent à la Guadeloupe.

Alain Maurin, maître de conférences à l’Université des Antilles et de la Guyane, étudie cette problématique de la perspective de production locale (2). Étant donné que, jusqu’aux années 1970, la consommation était largement satisfaite par la production « domestique », pourquoi la production locale est-elle si faible ? Maurin remarque que la Guadeloupe fait face à des problèmes structurels majeurs : l’insularité, les marchés étroits, et l’éloignement des grands marchés.

Pour Maurin, la production locale forte est essentielle pour la santé économique et le plein emploi (NB : le chômage départemental est deux ou trois fois plus que la moyenne nationale.) Cependant, Maurin semble reconnaître que des limites s’imposent sur l’industrialisation par la substitution d’imports, citant les expériences décevantes des pays africains qui ont adopté cette stratégie d’industrialisation.

En tout cas, il est certain d’une chose: que toute stratégie demandera une volonté affirmée de la classe politique locale et un engagement actif des Guadeloupéens.

(1) http://www.guadeloupe.cci.fr/index.php?id=conjuncture
(2) Alain Maurin, “Quel modèle et quels outils économiques ?,” Esprit Critique 2 (Nov 2012): 71-80.

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Written by May

September 15th, 2014 at 6:38 pm

Tchiper

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Voici une vidéo amusante d’Elsa Perry, graphiste et réalisatrice de films d’animation documentaires, sur le tchip. Aucune idée de quoi il s’agit ? Regardez.

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Written by May

August 2nd, 2014 at 5:52 pm

Vocabulaire d’Outre Mer : Caraïbe

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Castle Point, GuadeloupeEncore une entrée du « Vocabulaire d’Outre-Mer » du Monde.

Another entry from Le Monde’s “Vocabulaire d’Outre-Mer”:

Caribbean

The vast area bordering the similarly-named sea is composed of the Greater and the Lesser Antilles, extending from the Yucatan peninsula to Mexico, and the coasts of Central America, Columbia, Venezuela and the Guianas. The region takes its name from the Caribs (1), the people inhabiting this territory when the Europeans first arrived. Fierce warriers, called the “Caniba” by their vanquished enemies, the Caribs were anthropopage (2). Here lies the origin of the word “cannibal.” The Caribs were eventually exterminated by European conquerors and disease. The existence of a small community in Guadeloupe was noted at the end of the 19th century. There remains only several thousand Caribs in the region, with the majority living in Dominique.

(1) Now called “Island-Caribs” to differentiate from the Caribs of South America.
(2) Many scholars now dispute the accuracy of this. See Reid, Basil A., Myths and Realities of Caribbean History (Alabama, University of Alabama Press, 2009) and Whitehead, Neil L., “Carib cannibalism. The historical evidence,” Journal de la Société des Américanistes. 70 (1984): 69-87.

Written by May

May 27th, 2014 at 11:14 am

Félice

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A page from the children's comic book, Félice et la Kaz Hurlante.Faites un tour dans les librairies de l’île et vous trouverez un bon nombre de livres d’images pour enfants qui présentent des personnages antillais et un cadre caribéen. Un que j’aime bien suit les histoires de Félice, un petit garçon curieux qui semble toujours avoir l’art de se mettre dans le pétrin.

Dans le premier tome, Félice et le Flamboyant Bleu, les problèmes s’accumulent dans un petit village antillais, et tout le monde croit que c’est la faute de l’orphelin Félice, le malpwop. Le quimboiseur local convainc Félice de pénétrer dans la forêt à la recherche du rare flamboyant bleu, qui lui prodiguera richesse. Cependant, les dangers se cachent dans la forêt. Avec l’aide de son ami lézard Zandoli, Félice arrive à trouver quelque chose de vraiment précieux.

À la fin de l’année 2013, l’éditeur, PLB Éditions, a sorti une deuxième histoire avec Félice : Félice et la Kaz Hurlante. Dans ce nouveau tome, les enfants du village ont disparu, les uns après les autres. On a interdit à Félice de sortir, mais sa curiosité le mène inévitablement aux difficultés.

Les histoires mêlent traditions locales et culture antillaise. Les dialogues sont parsemés de mots et phrases en créole. Les dessins sont faits dans un style particulier, et l’histoire est très divertissante. Je trouve ces livres comme les blagues des enfants—plutôt simples, mais racontées avec beaucoup d’exubérance.

Un troisième livre avec Félice, intitulé Félice et le Roi Crabe, sera publié pour noël 2015.

Scénario, dessins, couleurs par Mikaël.
Publié par PLB Éditions.

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Written by May

April 29th, 2014 at 11:57 am