La Guadeloupe en Traduction

Le blog bilangue d'une traductrice du français vers l'anglais en Guadeloupe

Quel modèle et quels outils économiques ?

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Voiliers à Terre-de-Haut, Les Saintes

Parcourez les allées de tout marché en Guadeloupe, et de manière générale, les produits sur les étagères sont les mêmes qu’on peut trouver en métropole. Même les denrées périssables comme la viande et les fruits et légumes ont souvent une provenance européenne, ayant fait les 6 000 kilomètres par avion. La disponibilité de tels produits est peut-être un point d’honneur pour la plupart des Guadeloupéens, mais la prédominance des imports inquiètent les politiques de l’île.

Selon le dernier rapport de conjoncture économique publié par la Chambre de Commerce et d’Industrie, le taux de couverture des exportations a été de seulement 10%. La même année, la valeur des importations a été de 2,5 milliards d’euros contre des exportations de 253 millions d’euros. Certes, les déficits d’échange ne sont pas forcément mauvais. Cela est problématique, cependant, s’ils sont indicatifs d’un manque persistant de compétitivité, et si le financement du déficit d’échange n’est plus certain. Ces deux conditions, malheureusement, s’appliquent à la Guadeloupe.

Alain Maurin, maître de conférences à l’Université des Antilles et de la Guyane, étudie cette problématique de la perspective de production locale (2). Étant donné que, jusqu’aux années 1970, la consommation était largement satisfaite par la production « domestique », pourquoi la production locale est-elle si faible ? Maurin remarque que la Guadeloupe fait face à des problèmes structurels majeurs : l’insularité, les marchés étroits, et l’éloignement des grands marchés.

Pour Maurin, la production locale forte est essentielle pour la santé économique et le plein emploi (NB : le chômage départemental est deux ou trois fois plus que la moyenne nationale.) Cependant, Maurin semble reconnaître que des limites s’imposent sur l’industrialisation par la substitution d’imports, citant les expériences décevantes des pays africains qui ont adopté cette stratégie d’industrialisation.

En tout cas, il est certain d’une chose: que toute stratégie demandera une volonté affirmée de la classe politique locale et un engagement actif des Guadeloupéens.

(1) http://www.guadeloupe.cci.fr/index.php?id=conjuncture
(2) Alain Maurin, “Quel modèle et quels outils économiques ?,” Esprit Critique 2 (Nov 2012): 71-80.

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September 15th, 2014 at 6:38 pm

Tchiper

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Voici une vidéo amusante d’Elsa Perry, graphiste et réalisatrice de films d’animation documentaires, sur le tchip. Aucune idée de quoi il s’agit ? Regardez.

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August 2nd, 2014 at 5:52 pm

Vocabulaire d’Outre Mer : Caraïbe

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Castle Point, GuadeloupeEncore une entrée du « Vocabulaire d’Outre-Mer » du Monde.

Another entry from Le Monde’s “Vocabulaire d’Outre-Mer”:

Caribbean

The vast area bordering the similarly-named sea is composed of the Greater and the Lesser Antilles, extending from the Yucatan peninsula to Mexico, and the coasts of Central America, Columbia, Venezuela and the Guianas. The region takes its name from the Caribs (1), the people inhabiting this territory when the Europeans first arrived. Fierce warriers, called the “Caniba” by their vanquished enemies, the Caribs were anthropopage (2). Here lies the origin of the word “cannibal.” The Caribs were eventually exterminated by European conquerors and disease. The existence of a small community in Guadeloupe was noted at the end of the 19th century. There remains only several thousand Caribs in the region, with the majority living in Dominique.

(1) Now called “Island-Caribs” to differentiate from the Caribs of South America.
(2) Many scholars now dispute the accuracy of this. See Reid, Basil A., Myths and Realities of Caribbean History (Alabama, University of Alabama Press, 2009) and Whitehead, Neil L., “Carib cannibalism. The historical evidence,” Journal de la Société des Américanistes. 70 (1984): 69-87.

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May 27th, 2014 at 11:14 am

Félice

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A page from the children's comic book, Félice et la Kaz Hurlante.Faites un tour dans les librairies de l’île et vous trouverez un bon nombre de livres d’images pour enfants qui présentent des personnages antillais et un cadre caribéen. Un que j’aime bien suit les histoires de Félice, un petit garçon curieux qui semble toujours avoir l’art de se mettre dans le pétrin.

Dans le premier tome, Félice et le Flamboyant Bleu, les problèmes s’accumulent dans un petit village antillais, et tout le monde croit que c’est la faute de l’orphelin Félice, le malpwop. Le quimboiseur local convainc Félice de pénétrer dans la forêt à la recherche du rare flamboyant bleu, qui lui prodiguera richesse. Cependant, les dangers se cachent dans la forêt. Avec l’aide de son ami lézard Zandoli, Félice arrive à trouver quelque chose de vraiment précieux.

À la fin de l’année 2013, l’éditeur, PLB Éditions, a sorti une deuxième histoire avec Félice : Félice et la Kaz Hurlante. Dans ce nouveau tome, les enfants du village ont disparu, les uns après les autres. On a interdit à Félice de sortir, mais sa curiosité le mène inévitablement aux difficultés.

Les histoires mêlent traditions locales et culture antillaise. Les dialogues sont parsemés de mots et phrases en créole. Les dessins sont faits dans un style particulier, et l’histoire est très divertissante. Je trouve ces livres comme les blagues des enfants—plutôt simples, mais racontées avec beaucoup d’exubérance.

Un troisième livre avec Félice, intitulé Félice et le Roi Crabe, sera publié pour noël 2015.

Scénario, dessins, couleurs par Mikaël.
Publié par PLB Éditions.

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Written by May

April 29th, 2014 at 11:57 am

Colombo de poulet

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Chicken ColomboNous entendons l’appel de nos mères. Il est l’heure du repas. Par petites bandes nous convergeons vers elles. Chacun partage son manger avec tout le monde. Je m’installe sur une grosse pierre couverte par un ombrage et j’enfourne un délectable colombo. Hosanna au plus haut des cieux ! Qui ne connait pas cette faim particulière que donne la rivière ne peut comprendre combien un repas peut être la pulpe succulente du bonheur. Saveur du pain ! Saveur du colombo ! Saveur d’une pomme-cannelle ! O saveurs !

Ernest Pépin, Coulée d’or

Le colombo décrit une sorte de ragoût au curry local, un plat qui a ses origines par les indiens engagés transportés aux Antilles françaises à la fin du XIXème siècle pour remplacer les esclaves récemment libérés sur les habitations . La recette suivante est de Francile, Capesterrienne d’origine indienne.

INGREDIENTS
2 kg de poulet, en morceaux, nettoyés
4 pommes de terre
4 bilimbis
1 oignon
4 gousses d’ail
2 citrons verts
1-2 cuillères à soupe de vinaigre
1 paquet de massale
2 cuillères à soupe de graines à roussir
½ cuillère à soupe de poudre colombo

  1. Mettre le poulet dans un grand récipient. Ajouter le jus d’un citron vert, 2 gousses d’ail râpées, ½ paquet massale, sel et poivre. Laisser mariner pendant la nuit.
  2. Faire chauffer une poêle sans matière grasse. Ajouter les graines à roussir et faire griller. Ecraser avec mortier et pilon jusqu’à obtention d’une poudre fine.
  3. Hacher l’oignon et les deux gousses d’ail.
  4. Faire chauffer de l’huile dans un fait tout. Ajouter l’oignon et l’ail hachés et les graines à roussir en poudre. Faire revenir 5 minutes.
  5. Ajouter ½ restant de massale dans le fait tout. Faire revenir 5 minutes.
  6. Ajouter les morceaux de poulet et faire dorer pendant 5 minutes.
  7. Pendant ce temps, laver les 4 pommes de terre, en laissant la peau et les couper en grands morceaux. Laver et couper en morceaux les bilimbis.
  8. Mettre les pommes de terre et bilimbis dans le fait tout. Ajouter assez d’eau pour presque couvrir. Couvrir et laisser mijoter sur feux fort pendant 45 minutes. Rajouter de l’eau si nécessaire.
  9. Ajouter la poudre colombo et le jus d’un citron vert. Laisser mijoter encore 30 minutes à feu doux.
  10. Servir bien chaud avec du riz.

Vous pouvez remplacer le poulet avec la même quantité de cabri, et les pommes de terre avec des aubergines.

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Written by May

February 28th, 2014 at 7:51 pm

Des chinois en Guyane et en Martinique; des Guyanais et des Martiniquais en Chine (1/2)

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A Chinese shop in Basse-Terre, Guadeloupe

Il y a apparemment 98 millions de Chinois dans le monde. On en trouve 50 000 dans la Caraïbe ensoleillée avec plus de la moitié en Jamaïque et à Cuba. Environ 7 000 Chinois vivent en Guyane française, 1 000 en Martinique, et 100 en Guadeloupe.

Ce sont les chiffres donnés dans le documentaire en deux parties intitulé « Des chinois en Guyane et en Martinique » et « Des Guyanais et de Martiniquais en Chine ». Ces chiffres ont sûrement augmenté depuis la production du documentaire en 2009. C’est certainement le cas en Guadeloupe, où, lors de sa visite en 2011, l’Ambassadeur de Chine en France a donné le chiffre de 300.

Il est probable que la taille restreinte de la communauté chinoise aux Antilles contribue au manque de connaissance sur son origine et son histoire par les Antillais et aussi par les membres de la communauté eux-mêmes. Ce documentaire se veut un remède.

La première partie se concentre sur les 3 périodes distinctes de l’immigration chinoise en Guyane et en Martinique : au milieu des années 1800 et 1900, et à partir de 1980.

Les premiers immigrés ont quitté la Chine pour fuir le conflit et la famine. Beaucoup sont arrivés comme travailleurs gagés. À l’exception connue du Docteur Yang-Ting, ancêtre de l’un des scénaristes. On a conclu que les chinois remplaçaient mal les esclaves nouvellement libérés, ne convenant guère au travail sur les habitations, trop étrangers pour s’intégrer à la société. Cependant, ces immigrés ont fini par s’assimiler : par des unions avec des antillais, puis en ayant des enfants, ainsi qu’avec la création de commerces.

Certains immigrés composant la deuxième vague sont arrivés suite aux bouleversements de la guerre civile en Chine ; d’autres sont arrivés pour les meilleures perspectives économiques. Ho Hie Hen en était un, arrivant en Martinique in 1935 après un passage en Guyane. Il a débuté avec une petite épicerie dans un quartier populaire de Fort-de-France. Ses affaires se sont développées progressivement et de façon remarquable. Présidé aujourd’hui par ses enfants, le Groupe Ho Hie Hen réalise un chiffre d’affaires de 400 millions d’euros.

En effet, beaucoup d’immigrants chinois ont trouvé la réussite dans le commerce. C’est clairement le cas en Guyane, où, selon le narrateur, « on ne va pas faire ses courses; on va chez le chinois ». Les immigrants chinois peuvent ouvrir des magasins partout en France, mais ici aux Antilles, on les appelle « bazars chinois », l’origine du nom sûrement autant due à la quantité et à la variété des marchandises qu’au fouillis ordonné de son étalage.

Le bazar chinois a été une caractéristique commune du paysage local et le sera encore car il reste le chemin emprunté pour les nouveaux arrivés. Cependant, il serait très réducteur de confiner les Chinois des Antilles au bazar (ou au restaurant asiatique, d’ailleurs). Les personnes interviewées dans la première partie du documentaire ne témoignent pas seulement d’une intégration réussie, mais également de la diversité de l’héritage chinois en Martinique et Guyane.

« Des chinois en Guyane et en Martinique ; des Guyanais et des Martiniquais en Chine », produit par Les Productions de la Lanterne, écrit par Jeanne Yang Ting, Marie-George Thébia et Jil Servant, et réalisé par Jil Servant.

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Written by May

December 29th, 2013 at 5:49 pm

Meilleurs vœux pour 2014

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Best wishes for 2014

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December 24th, 2013 at 12:47 pm

Les Outre-Mer et l’International : Quelle place dans le mode globalisé ?

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View of Gourbeyre from Soufrière volcano, GuadeloupeL’économie de la Guadeloupe est quelque chose qui me fascine. Sur une petite île, il y a moins de pièces mobiles dans la machine économique. Cependant, la rudesse de sa conception dément un système très complexe et extrêmement sensible. L’économie locale est pleine de potentiel : elle est à la fois une fusée qui s’apprête au décollage et une bombe à retardement qui avance vers la destruction.

C’est donc avec intérêt que j’ai pris le livre de Remy Louis Budoc, Les Outre-Mer et l’international : Quelle place dans le monde globalisé ? Sorti en début d’année, le livre est une analyse des rapports économiques de territoires français d’outre-mer: les organisations, les acteurs, les enjeux. C’est aussi une supplication pour davantage de coopération régionale, qu’il estime vitale pour exploiter la puissance de la globalisation.

Malheureusement, une coopération régionale plus conséquente affronte plusieurs défis. Un obstacle majeur est que la représentation de la Guadeloupe se fait par le gouvernement national à presque 7 000 km. Seul le gouvernement de la France peut conclure des accords avec d’autres nations. Cependant, ce sont les autorités locales qui connaissent le terrain, qui maîtrisent mieux les dossiers, et qui ont plus à y jouer.

Jusqu’à récemment, il n’y avait pas beaucoup d’intérêt pour créer et maintenir ces liens. Comme Robert Valerius l’a écrit dans son livre La Guadeloupe d’en-France, la Guadeloupe croyait que ses liens avec la France étaient les seuls valables.

Et bien sûr, il faut que je souligne que Buduc considère que la langue est une difficulté. Il écrit : « Dans les relations interrégionales comme ailleurs, il faut savoir parler le langage de son interlocuteur. »

Budoc a prévu un livre d’une « analyse pragmatique ». Il tient sa parole avec une proposition de plusieurs solutions, qui vont de modeste et faisable (ex., organisation régulière de forums de banquiers nationaux et internationaux à l’outre-mer) au plus ambitieuse et onéreuse (ex., changement des lois européennes pour admettre les territoires d’outre-mer comme membres du GECT). Budoc vise manifestement haut, mais il ne semble pas qu’il soit au dessus du sale boulot de la négociation réelle. On arrive à la fin du livre avec l’impression distincte qu’il s’agit d’un homme qui avait une place à la table.

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Written by May

October 4th, 2013 at 9:33 am

Vocabulaire d’Outre-Mer : Canne à sucre

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Beautiran trail, Guadeloupe

Encore une entrée du « Vocabulaire d’Outre-Mer » du Monde.

Another entry from Le Monde’s “Vocabulaire d’Outre-Mer”:

Sugar cane

Native to Asia, this plant is cultivated for its stalk, from which sugar is extracted. In the Middle Ages, sugar was bought and sold in Europe by the Italian trading cities of Genoa and Venice, imported at first from Asia and then produced domestically on Mediterranean islands. Sugar cane was subsequently imported to the West Indies, starting from the second voyage of Christopher Columbus, in 1493. Since the climate was highly favorable to the cultivation of cane, production spread quickly throughout the region. The backbreaking and onerous work of growing cane required a large servile workforce. The transatlantic slave trade developed to meet this demand. “Sugar would be too expensive, if we didn’t grow the cane with slaves,” remarked Montesquieu in “The Spirit of the Laws.” The cultivation of cane brings enormous wealth to the colonies. However, following the British blockade that cuts ties between metropolitan France and the West Indies during the Napoleonic era, sugar extracted from beets, which is less flavorful but less expensive, captures the European market. This competition plunges the sugar-producing colonies into a period of stagnation, and government authorities decide to maintain the monoculture of sugar, preventing the colonies from gaining self-sufficiency that could have offered a path to independence.

Written by May

July 15th, 2013 at 5:00 pm

Lettres d’Outre-Mer

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Lettres d'Outre-MerL’une des rares BDs qui présente la Guadeloupe est Lettres d’outre mer d’Eric Warnauts et Raives.

Jean, un jeune et brillant journaliste installé à Paris, est fou amoureux de sa femme qui meurt soudainement d’un anévrisme cérébral. Rangeant ses affaires, il s’étonne de trouver des lettres d’amour adressées à sa femme depuis la Guadeloupe. Jean vient sur l’île pour trouver l’homme et des réponses.

Jean découvre la Guadeloupe des cartes postales avec ses plages de sable blanc et les madras colorés, mais il découvre également le passé sombre et les réalités dures qui existent à l’envers du décor.

Ce que j’aime beaucoup dans ce livre est les visages expressifs qui semblent saisir la quintessence d’un personnage, d’un sentiment. Les lieux aussi sont illustrés avec un œil affûté. Je reconnais la Guadeloupe dans ces pages.

Ce que je préfère ce sont les scènes de Basse-Terre. Je connais bien ses rues et ses quartiers alors c’est génial de les voir dans ces pages.

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Written by May

May 2nd, 2013 at 11:05 am