La Guadeloupe en Traduction

Le blog bilangue d'une traductrice du français vers l'anglais en Guadeloupe

Daniel Maximin: les antillais face au cyclone

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Daniel Maximin est un poète, romancier et essayiste de la Guadeloupe. La force destructrice du cyclone est un thème récurrent dans ses œuvres. Cela est le plus marquant dans son roman L’île et une nuit (1991), le récit d’une femme barricadée dans sa maison pendant le passage d’un cyclone. En 2009, il a été interviewé par Géo magazine pour son numéro spécial sur les Antilles. Voici un extrait (et en dessous sa traduction en anglais) de ses réflexions sur la manière dont l’identité caribéenne est influencée par cet évènement naturel omniprésent.

Après un énorme cyclone au XIXe siècle, le gouverneur français avait lancé : «Il faut maintenant construire à toujours.» C’est- à-dire que l’état colonial entendait mettre le paquet pour montrer aux colonisés, aux opprimés qu’il avait seul la puissance de lutter contre le cyclone. C’était conforme à une vision occidentale du rapport à la nature, consistant à la dominer, à la maîtriser. Au contraire, les opprimés, ceux qui allaient devenir les légitimes occupants de cet endroit, avaient une autre réponse face à la violence du cyclone. Elle consistait, comme le disait mon grand-père, «à donner sa part à celui-ci»… Quand on voit une case antillaise, on se dit qu’elle est fragile, qu’elle n’est pas faite pour lutter contre les cyclones. Or, elle est justement faite pour ça. Il y a du jeu entre la charpente et les tôles du toit. Ainsi, en cas de cyclone violent, le vent s’engouffrera et arrachera le toit, mais la charpente, elle, restera. Il s’agit, de cette manière, de protéger l’essentiel, c’est-à-dire la charpente, en laissant tomber le secondaire, le toit. On voit bien là qu’on est loin de la vision occidentale du rapport à la nature. Il ne s’agit pas de la dominer à tout prix, mais de jouer avec elle, de travailler avec monsieur Cyclone, de lui laisser la cuisine, ou le toit, et de garder la maison. Et garder la maison, ce n’est pas garder toute la maison…

Mais ce qu’il y a de très curieux dans la Caraïbe, c’est que quand on est dans son île, on voit l’île d’à côté. On en voit même parfois plusieurs. Quand il fait beau, chez moi, à la Soufrière, j’en distingue quatre ou cinq, jusqu’à la Martinique. Alors, même sans bouger, on accède à une dimension caribéenne, à cette dimension «archipélique» dont parle Édouard Glissant. On n’est pas enfermé dans l’insularité. Le dépassement de la clôture insulaire est profondément ancré dans l’identité des Antilles. Il s’opère un déni de cette clôture insulaire au profit de la liberté archipélique. Ça touche tout, à commencer par la perception des cataclysmes. Le cyclone, il est chez nous, au sens de l’archipel entier. Celui de l’année prochaine, il va passer peut-être en Guadeloupe, peut-être en Martinique, peut-être à Cuba, peut-être à Haïti… Et on ne se dit pas : pourvu que ce soit le voisin. C’est vraiment quelque chose qu’on ne dit pas ! Non pas que nous
soyons plus humanistes que les autres, mais nous savons qu’il y a une justice, une justesse des cyclones : ils attrapent tout le monde. C’est à la Caraïbe entière qu’ils s’attaquent, une île après l’autre… Ça crée l’idée qu’on est ensemble.

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February 13th, 2015 at 5:16 pm

Meilleurs vœux pour 2015

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Best Wishes for 2015

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December 20th, 2014 at 4:25 pm

Kenbwa an Gwada : Le tout-monde magico-religieux créole

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A dragonfly sitting on a leaf, Guadeloupe
KENBWA ou quimbois, tout objet aux pouvoirs maléfiques fabriqué sur commande par un quimboiseur dans le but de nuire.

Le Caraïbe semble inviter à la croyance magique. Une forêt dense, impénétrable. Une histoire peuplée de tribus indigènes, de corsaires, et d’esclaves africains. Une société bâtie sur les fondations de la terreur, de la peur et de la méfiance.

Une ligne très fine existe entre la religion et la superstition. On peut dire que la religion décrit nos croyances, et la superstition décrit les croyances des autres. Une question de point de vue, alors.

Dan un lieu comme la Guadeloupe, il est possible que cette ligne n’existe pas. « Prier Dieux, invoquer le Diable, tout cela chez nous est toutafètman mélanjé, intimement mêlé. »

Hector Poullet, professeur et chercheur du créole guadeloupéen, donne un aperçu sur les croyances de la Guadeloupe dans son livre Kenbwa an Gwada: Le tout monde magico-religieux créole. Présenté comme un tapimandyan ou « un patchwork de l’irrationnel », ce petit livre présente les histoires sur le magico-religieux recueillies par Poullet lors d’interviews.

Pour un étranger, Kenbwa an Gwada se lit comme un recueil de contes folkloriques. Des quimbois faits par des quimboiseurs et posés à un quatre chemin, ou carrefour. Le diable déguisé en granblan, c’est-à-dire un maître d’habitation, monté sur un magnifique cheval noir, ou la diablesse déguisée en jolie chabine, seule sur le bord de la route de campagne le soir, cachant un sabot fendu.

Poullet remarque que beaucoup de Guadeloupéens n’admettront pas croire à la magie d’un quimbois. Cependant, la plupart éviterait scrupuleusement de contrecarrer la volonté d’un quimboiseur !

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November 30th, 2014 at 8:21 am

Quel modèle et quels outils économiques ?

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Voiliers à Terre-de-Haut, Les Saintes

Parcourez les allées de tout marché en Guadeloupe, et de manière générale, les produits sur les étagères sont les mêmes qu’on peut trouver en métropole. Même les denrées périssables comme la viande et les fruits et légumes ont souvent une provenance européenne, ayant fait les 6 000 kilomètres par avion. La disponibilité de tels produits est peut-être un point d’honneur pour la plupart des Guadeloupéens, mais la prédominance des imports inquiètent les politiques de l’île.

Selon le dernier rapport de conjoncture économique publié par la Chambre de Commerce et d’Industrie, le taux de couverture des exportations a été de seulement 10%. La même année, la valeur des importations a été de 2,5 milliards d’euros contre des exportations de 253 millions d’euros. Certes, les déficits d’échange ne sont pas forcément mauvais. Cela est problématique, cependant, s’ils sont indicatifs d’un manque persistant de compétitivité, et si le financement du déficit d’échange n’est plus certain. Ces deux conditions, malheureusement, s’appliquent à la Guadeloupe.

Alain Maurin, maître de conférences à l’Université des Antilles et de la Guyane, étudie cette problématique de la perspective de production locale (2). Étant donné que, jusqu’aux années 1970, la consommation était largement satisfaite par la production « domestique », pourquoi la production locale est-elle si faible ? Maurin remarque que la Guadeloupe fait face à des problèmes structurels majeurs : l’insularité, les marchés étroits, et l’éloignement des grands marchés.

Pour Maurin, la production locale forte est essentielle pour la santé économique et le plein emploi (NB : le chômage départemental est deux ou trois fois plus que la moyenne nationale.) Cependant, Maurin semble reconnaître que des limites s’imposent sur l’industrialisation par la substitution d’imports, citant les expériences décevantes des pays africains qui ont adopté cette stratégie d’industrialisation.

En tout cas, il est certain d’une chose: que toute stratégie demandera une volonté affirmée de la classe politique locale et un engagement actif des Guadeloupéens.

(1) http://www.guadeloupe.cci.fr/index.php?id=conjuncture
(2) Alain Maurin, “Quel modèle et quels outils économiques ?,” Esprit Critique 2 (Nov 2012): 71-80.

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September 15th, 2014 at 6:38 pm

Tchiper

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Voici une vidéo amusante d’Elsa Perry, graphiste et réalisatrice de films d’animation documentaires, sur le tchip. Aucune idée de quoi il s’agit ? Regardez.

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August 2nd, 2014 at 5:52 pm

Vocabulaire d’Outre Mer : Caraïbe

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Castle Point, GuadeloupeEncore une entrée du « Vocabulaire d’Outre-Mer » du Monde.

Another entry from Le Monde’s “Vocabulaire d’Outre-Mer”:

Caribbean

The vast area bordering the similarly-named sea is composed of the Greater and the Lesser Antilles, extending from the Yucatan peninsula to Mexico, and the coasts of Central America, Columbia, Venezuela and the Guianas. The region takes its name from the Caribs (1), the people inhabiting this territory when the Europeans first arrived. Fierce warriers, called the “Caniba” by their vanquished enemies, the Caribs were anthropopage (2). Here lies the origin of the word “cannibal.” The Caribs were eventually exterminated by European conquerors and disease. The existence of a small community in Guadeloupe was noted at the end of the 19th century. There remains only several thousand Caribs in the region, with the majority living in Dominique.

(1) Now called “Island-Caribs” to differentiate from the Caribs of South America.
(2) Many scholars now dispute the accuracy of this. See Reid, Basil A., Myths and Realities of Caribbean History (Alabama, University of Alabama Press, 2009) and Whitehead, Neil L., “Carib cannibalism. The historical evidence,” Journal de la Société des Américanistes. 70 (1984): 69-87.

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May 27th, 2014 at 11:14 am

Félice

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A page from the children's comic book, Félice et la Kaz Hurlante.Faites un tour dans les librairies de l’île et vous trouverez un bon nombre de livres d’images pour enfants qui présentent des personnages antillais et un cadre caribéen. Un que j’aime bien suit les histoires de Félice, un petit garçon curieux qui semble toujours avoir l’art de se mettre dans le pétrin.

Dans le premier tome, Félice et le Flamboyant Bleu, les problèmes s’accumulent dans un petit village antillais, et tout le monde croit que c’est la faute de l’orphelin Félice, le malpwop. Le quimboiseur local convainc Félice de pénétrer dans la forêt à la recherche du rare flamboyant bleu, qui lui prodiguera richesse. Cependant, les dangers se cachent dans la forêt. Avec l’aide de son ami lézard Zandoli, Félice arrive à trouver quelque chose de vraiment précieux.

À la fin de l’année 2013, l’éditeur, PLB Éditions, a sorti une deuxième histoire avec Félice : Félice et la Kaz Hurlante. Dans ce nouveau tome, les enfants du village ont disparu, les uns après les autres. On a interdit à Félice de sortir, mais sa curiosité le mène inévitablement aux difficultés.

Les histoires mêlent traditions locales et culture antillaise. Les dialogues sont parsemés de mots et phrases en créole. Les dessins sont faits dans un style particulier, et l’histoire est très divertissante. Je trouve ces livres comme les blagues des enfants—plutôt simples, mais racontées avec beaucoup d’exubérance.

Un troisième livre avec Félice, intitulé Félice et le Roi Crabe, sera publié pour noël 2015.

Scénario, dessins, couleurs par Mikaël.
Publié par PLB Éditions.

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April 29th, 2014 at 11:57 am

Colombo de poulet

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Chicken ColomboNous entendons l’appel de nos mères. Il est l’heure du repas. Par petites bandes nous convergeons vers elles. Chacun partage son manger avec tout le monde. Je m’installe sur une grosse pierre couverte par un ombrage et j’enfourne un délectable colombo. Hosanna au plus haut des cieux ! Qui ne connait pas cette faim particulière que donne la rivière ne peut comprendre combien un repas peut être la pulpe succulente du bonheur. Saveur du pain ! Saveur du colombo ! Saveur d’une pomme-cannelle ! O saveurs !

Ernest Pépin, Coulée d’or

Le colombo décrit une sorte de ragoût au curry local, un plat qui a ses origines par les indiens engagés transportés aux Antilles françaises à la fin du XIXème siècle pour remplacer les esclaves récemment libérés sur les habitations . La recette suivante est de Francile, Capesterrienne d’origine indienne.

INGREDIENTS
2 kg de poulet, en morceaux, nettoyés
4 pommes de terre
4 bilimbis
1 oignon
4 gousses d’ail
2 citrons verts
1-2 cuillères à soupe de vinaigre
1 paquet de massale
2 cuillères à soupe de graines à roussir
½ cuillère à soupe de poudre colombo

  1. Mettre le poulet dans un grand récipient. Ajouter le jus d’un citron vert, 2 gousses d’ail râpées, ½ paquet massale, sel et poivre. Laisser mariner pendant la nuit.
  2. Faire chauffer une poêle sans matière grasse. Ajouter les graines à roussir et faire griller. Ecraser avec mortier et pilon jusqu’à obtention d’une poudre fine.
  3. Hacher l’oignon et les deux gousses d’ail.
  4. Faire chauffer de l’huile dans un fait tout. Ajouter l’oignon et l’ail hachés et les graines à roussir en poudre. Faire revenir 5 minutes.
  5. Ajouter ½ restant de massale dans le fait tout. Faire revenir 5 minutes.
  6. Ajouter les morceaux de poulet et faire dorer pendant 5 minutes.
  7. Pendant ce temps, laver les 4 pommes de terre, en laissant la peau et les couper en grands morceaux. Laver et couper en morceaux les bilimbis.
  8. Mettre les pommes de terre et bilimbis dans le fait tout. Ajouter assez d’eau pour presque couvrir. Couvrir et laisser mijoter sur feux fort pendant 45 minutes. Rajouter de l’eau si nécessaire.
  9. Ajouter la poudre colombo et le jus d’un citron vert. Laisser mijoter encore 30 minutes à feu doux.
  10. Servir bien chaud avec du riz.

Vous pouvez remplacer le poulet avec la même quantité de cabri, et les pommes de terre avec des aubergines.

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Written by May

February 28th, 2014 at 7:51 pm

Des chinois en Guyane et en Martinique; des Guyanais et des Martiniquais en Chine (1/2)

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A Chinese shop in Basse-Terre, Guadeloupe

Il y a apparemment 98 millions de Chinois dans le monde. On en trouve 50 000 dans la Caraïbe ensoleillée avec plus de la moitié en Jamaïque et à Cuba. Environ 7 000 Chinois vivent en Guyane française, 1 000 en Martinique, et 100 en Guadeloupe.

Ce sont les chiffres donnés dans le documentaire en deux parties intitulé « Des chinois en Guyane et en Martinique » et « Des Guyanais et de Martiniquais en Chine ». Ces chiffres ont sûrement augmenté depuis la production du documentaire en 2009. C’est certainement le cas en Guadeloupe, où, lors de sa visite en 2011, l’Ambassadeur de Chine en France a donné le chiffre de 300.

Il est probable que la taille restreinte de la communauté chinoise aux Antilles contribue au manque de connaissance sur son origine et son histoire par les Antillais et aussi par les membres de la communauté eux-mêmes. Ce documentaire se veut un remède.

La première partie se concentre sur les 3 périodes distinctes de l’immigration chinoise en Guyane et en Martinique : au milieu des années 1800 et 1900, et à partir de 1980.

Les premiers immigrés ont quitté la Chine pour fuir le conflit et la famine. Beaucoup sont arrivés comme travailleurs gagés. À l’exception connue du Docteur Yang-Ting, ancêtre de l’un des scénaristes. On a conclu que les chinois remplaçaient mal les esclaves nouvellement libérés, ne convenant guère au travail sur les habitations, trop étrangers pour s’intégrer à la société. Cependant, ces immigrés ont fini par s’assimiler : par des unions avec des antillais, puis en ayant des enfants, ainsi qu’avec la création de commerces.

Certains immigrés composant la deuxième vague sont arrivés suite aux bouleversements de la guerre civile en Chine ; d’autres sont arrivés pour les meilleures perspectives économiques. Ho Hie Hen en était un, arrivant en Martinique in 1935 après un passage en Guyane. Il a débuté avec une petite épicerie dans un quartier populaire de Fort-de-France. Ses affaires se sont développées progressivement et de façon remarquable. Présidé aujourd’hui par ses enfants, le Groupe Ho Hie Hen réalise un chiffre d’affaires de 400 millions d’euros.

En effet, beaucoup d’immigrants chinois ont trouvé la réussite dans le commerce. C’est clairement le cas en Guyane, où, selon le narrateur, « on ne va pas faire ses courses; on va chez le chinois ». Les immigrants chinois peuvent ouvrir des magasins partout en France, mais ici aux Antilles, on les appelle « bazars chinois », l’origine du nom sûrement autant due à la quantité et à la variété des marchandises qu’au fouillis ordonné de son étalage.

Le bazar chinois a été une caractéristique commune du paysage local et le sera encore car il reste le chemin emprunté pour les nouveaux arrivés. Cependant, il serait très réducteur de confiner les Chinois des Antilles au bazar (ou au restaurant asiatique, d’ailleurs). Les personnes interviewées dans la première partie du documentaire ne témoignent pas seulement d’une intégration réussie, mais également de la diversité de l’héritage chinois en Martinique et Guyane.

« Des chinois en Guyane et en Martinique ; des Guyanais et des Martiniquais en Chine », produit par Les Productions de la Lanterne, écrit par Jeanne Yang Ting, Marie-George Thébia et Jil Servant, et réalisé par Jil Servant.

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Written by May

December 29th, 2013 at 5:49 pm

Meilleurs vœux pour 2014

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Best wishes for 2014

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December 24th, 2013 at 12:47 pm