Vocabulaire d’Outre-Mer: Béké
Another entry from Le Monde’s “Vocabulaire d’Outre-Mer”:
Béké
A term designating a small minority of White creoles in Martinique, descendants of rich slave-holding colonists from Europe who settled in the Caribbean often centuries ago, and who control a large share of the economic power in the French West Indies. The term appeared during the era of the French Revolution. Its etymology remains vague: some believe that the term comes from the regular use of the expression “Eh bé qué?” (“Et bien quoi?”, meaning “And what?”) or a deformation of the locution blanc créole, becoming B.K. then béké. Others lend support for the abbreviation of the term blanc du quai, or White man from the quay. Békés are distinguished from métros, recent arrivals from metropolitan France, with whom there is little mixing. The Békés dominance of the economy, discernible in large retail sector, is a source of complaint by Martinican and Guadeloupean activists, who stigmatize the group’s arrogance and prejudices maintained from the slave era.
Vocabulaire d’Outre-Mer: Antilles
Une année après les grèves générales de 2008/2009 en Guadeloupe, Le Monde a publié un hors série, intitulé Où en est la France d’outre-mer ? Ce numéro comprenait un glossaire “Le Vocabulaire d’Outre-Mer” qui, selon les éditeurs Jérôme Gautheret et Thomas Wieder, fournissait « quelques définitions et explications historiques pour mieux comprendre les îles, leur vocabulaire, leur mode de vie, leur code, voire leur complexité ».
Il est aberrant que le glossaire n’ait pas été dressé par quelqu’un avec une connaissance plus profonde du sujet – un historien, un écrivain, ou un sociologue (ou mieux encore, une collaboration entre les trois). La liste résultant est une soupe trop liquide, assaisonnée avec de l’exotisme, et fait de maigres ingrédients ; vous ne trouverez pas de viande. Dans le cadre d’une soi-disant analyse approfondie des causes qui ont provoqué de telles manifestations extraordinaires, il est lamentablement superficiel, s’appuie sur l’évidence, et offre un manque de rapport d’un charme suranné.
Il n’est pas complètement sans mérite, cela dit. Pour ceux qui ne pensent qu’au soleil, au sable, et aux cocotiers quand ils entendent les mots « la Caraïbe », et qui ne s’aventurent pas plus loin dans la question que le fond de leur ‘ti punch, le glossaire présente une initiation digeste. Ici, et dans les posts suivants, quelques extraits du glossaire traduits en anglais.
Georges Rohner et la Guadeloupe
Le peintre Georges Rohner a passé seulement deux ans en Guadeloupe et pourtant il est probablement l’un de peintres les plus connus de Guadeloupe.
Né en 1913, Rohner était un membre fondateur du groupe des artistes dits Forces nouvelles, des ‘objetistes’ qui mettaient en valeur la forme, le volume et le poids dans l’espace. En 1934, Rohner arrive en Guadeloupe pour faire son service militaire et est affecté à la caserne d’infanterie à Saint-Claude, située sur les contreforts de La Soufrière, non loin de la capitale coloniale de Basse-Terre. Avec très peu de fonctions, Rohner peut se consacrer à son art, et réussit à gagner une commission pour créer plusieurs grandes peintures murales pour la mairie de Basse-Terre. D’autres commissions suivent. De ses peintures de Guadeloupe, la plus importante est certainement Pêcheurs devant Basse-Terre, qui donne une vue magnifique sur Basse-Terre depuis la mer, encadrée par deux pêcheurs en bateaux au premier plan. Rohner rentre en France in 1936 et ne met jamais plus les pieds en Guadeloupe. Beaucoup de ses peintures murales subiront de la négligence et une mauvaise conservation. Des efforts ont été faits pour sauver les œuvres de Rohner au début des années 2000, avec pour commencer le classement officiel comme monument historique jusqu’à la restauration complète des toiles.
Two Years in the French West Indies
Deux années dans les Antilles françaises de Lafcadio Hearn est un compte rendu intime de la vie en Martinique au tournant du XIXème siècle. Hearn, un journaliste pour des quotidiens de Cincinnati puis de La Nouvelle Orléans, avait captivé les lecteurs américains avec ses descriptions de la culture et de la société nouvelle-orléanaises dans ses articles qui ont paru dans Harper’s Weekly, une revue nationale. Harper’s croyait qu’il ferait pareil pour les Antilles françaises et l’ont missionné en Martinique en 1887. Comptant y passer quelques mois, Hearn restera deux ans, étant enchanté par l’île qu’il nomme Le Pays de Revenants. Hearn dépeint d’une manière saisissante la vie quotidienne dans et autour de Saint Pierre, des madras colorés des femmes créoles aux porteuses aux pas légers, des prix au marché aux contes traditionnels d’une société superstitieuse. Ces descriptions sont d’autant plus précieuses que la ville sera complètement détruite des années après par l’éruption de la Montagne Pelée. Deux années est sauvé du simple exotisme caribéen par une certaine perception et une sensibilité qui étaient plutôt étonnants pour son temps. Le charme du peuple et de l’endroit vous fera regretter qu’il ne soit pas resté plus longtemps.
Le livre en anglais appartient au domaine public et peut être téléchargé sur Project Gutenberg.
La vie aux îles, la bande son

- Mitch Eaton – “Original Intro”
- Miike Snow – “Animal“
- Xavier Rudd – “Guku“
- Xavier Rudd – “Up in Flames“
- Mackintosh Braun – “Now“
- Mackintosh Braun – “The Sound“
- Yeasayer – “O.N.E“
- Blonde Readhead – “23“
- Mitch Eaton – “Hawaii22″
- The Almighty Defenders – “All My Lovin’“
- Mariza – “Transparente“
- Edward Sharpe & The Magnetic Zeros – “Home“
- Rob Machado – “Untitled”
- The Dutchess and the Duke – “Reservoir Park“
- Jack Penate – “Everything is New“
- Zilero – “Ai, Ai, Ai“
La bande son de la vie change quand on déménage dans les îles. Le son parfait pour rouler sur une route sinueuse avec vue sur la mer vient du film de surf Cancer to Capricorn – The Path of the Modern Gypsy. Sauf que la BO n’existe pas. Vous devrez assembler celle-ci vous même, un morceau à la fois.
J’ai fait une ‘playlist‘ partielle pour vous, qui comprend les titres 2, 5, 6, 7, 8, 10, 14, 15.
Le Feng shui en Guadeloupe

Feng shui – littéralement ‘vent’ et ‘eau’ – est l’art chinois pour déterminer la conception et le placement d’une tombe, d’un bâtiment, d’une chambre, etc. pour arriver à l’harmonie maximum entre la circulation de chi de l’environnement et celui de l’usager, supposée apporter de la bonne chance. Je peux vous assurer que, comme la plupart de gens, ce que je connais du Feng shui n’est que ce que j’ai appris en feuilletant des livres pleins de photos dans la libraire. Ce n’est pas, comme vous pourriez le croire, une sorte d’art ancien transmis par mes ancêtres à travers les générations. Tout de même, je peux dire que je connais un peu les idées générales pour la maison. En général, je reconnais du mauvais Feng shui quand je le vois.
Récemment, j’ai visité une maison qui est à vendre. Construite durant les 10 dernières années, cette maison moyenne en bois est en très bon état. La taille et la disposition des chambres sont en général bien pensées. Le problème, toutefois, n’était pas ce qui est à l’intérieur, mais à l’extérieur.
Cette maison en bois se situe en face d’une très grande propriété impressionnante. Cette propriété est dominée par une habitation blanche seigneuriale de deux étages. Le premier étage de la maison est entouré par une véranda, et le deuxième par une galerie. Une allée flanquée d’au moins une vingtaine de palmiers royaux – très grands, très fins – mène de la façade de l’habitation jusqu’à la route, une distance d’environ 50 m. Si vous imaginez que l’allée continue à travers la route, elle arriverait directement à la maison en bois.
Le Feng shui dit que l’énergie du chi circule par les routes. Une route qui arrive directement à votre maison est considérée comme du mauvais Feng shui à cause du courant fort du chi. Cette allée bordée de palmiers envoie ces « flèches empoisonnées » sur le pas de la porte de la maison en bois. Par hasard, un très grand arbre s’était dressé au bord de la propriété de la maison en bois, dans la ligne de mire de cette allée, bloquant ainsi le chi. Maintenant, cependant, seule une souche envahie par la végétation reste; est-ce que l’arbre a été coupé, ou est-ce qu’il est mort par trop de chi ? Curieusement, la maison en bois était elle-même divisée en deux. La propriétaire avait fait construire une sorte de dépendance qui se relie au reste de la maison par la véranda. Est-ce que l’énergie du chi de cette habitation imposante est assez forte pour imposer le plan de la maison ?
Qui sait ? À mon avis, ce genre de chose n’a que le pouvoir que l’on lui donne. Ce que cette propriétaire ne connaît pas du Feng shui ne peut pas lui faire du mal.
Pancakes et crêpes à la farine de banane plantain
Il n’y a rien de plus merveilleux qu’un petit déjeuner dominical extravagant, meilleur quand c’est fait soi-même. Quand je vivais encore sous le même toit que mes sœurs, c’était des pancakes ou des crêpes. Ici, en Guadeloupe, je peux faire les deux avec de la farine de banane plantain locale.
La farine est un peu cendreuse quand on fait la comparaison avec la farine de blé. Les graines de plantain ne sont pas enlevées avant d’être transformées en farine alors il y a de toutes petites particules noires. Cela donne à la pâte et aux pancakes et crêpes une couleur plus foncée. L’odeur de la farine de plantain est aussi différente ; elle est légèrement sucrée, curieusement aigre. Après cuisson, il n’y a aucun goût de banane, bien que les pancakes semblent plus denses.
La première recette est adaptée d’une recette pour des pancakes à la farine de plantain de Barry Farm, un agriculteur dans l’Ohio qui vend un grand assortiment d’alternatives à la farine de blé.
Pancakes de farine de banane plantain
Ingrédients
150 g farine de banane plantain
1 sachet de levure chimique
une pincée de sel
15 g de sucre
1 œuf
2 cuillerées à soupe d’huile
0.15 L de lait
- Dans un bol de taille moyen, passer au tamis la farine, la levure chimique et le sel. Mettre de côté. Dans un deuxième bol de taille moyen, faire battre l’œuf, le sucre, l’huile et le lait. Incorporer le mélange de farine jusqu’à ce que ce soit homogène. Ne pas trop mélanger.
- Ajouter une petite quantité de graisse dans une poêle ou une plaque en fonte. Une fois chaud, mettre la pâte dans la poêle ou la plaque avec une cuillère. Laisser cuire jusqu’à la formation de bulles dans le pancake et jusqu’à ce que le dessous soit doré. Retourner et faire cuire jusqu’à dorer les deux côtés. Servir immédiatement.
La deuxième recette est adaptée d’une recette de ma sœur J pour des crêpes faites avec de la farine de blé. J’ai fait une substitution à une proportion de 1 à 1.
Crêpes à la farine de banane plantain
Ingrédients
25 g de farine de banane plantain
10 g sucre
0.08 L de lait
1 œuf
1 pincée de sel
- Dans un bol de taille moyenne, faire battre le sucre, le lait et l’œuf. Passer au tamis la farine et le sel, puis mélanger jusqu’à ce que ce soit homogène. Ne pas trop mélanger.
- Ajouter une petite quantité de graisse dans une poêle. Une fois chaud, mettre la pâte dans la poêle avec une cuillère. Tourner la poêle afin d’obtenir une couche fine et régulière. Laisser cuire jusqu’à décollement de la crêpe de la poêle, 1-2 mins environ. Puis, retourner délicatement et faire cuire encore 1-2 mins environ. Servir immédiatement.
Vous avez maintenant deux recettes sans blé pour un petit déjeuner dominical extravagant !
Souvenirs du 11 septembre

Je n’y étais pas. Je faisais mes études dans le Michigan.
C’est la réponse que je donne quand on apprend que je suis de New York, et qu’on cherche à savoir où j’étais le 11 septembre 2001. D’habitude, cette réponse met fin à l’interrogation et cela me convient. Je n’ai aucun envie de satisfaire la curiosité morbide, mais surtout j’estime que mes souvenirs n’en valent vraiment pas la peine. Je n’y étais pas ; que puis-je raconter ? Si je vous parlais de ce jour-là, ce que je peux raconter serait les souvenirs d’autres personnes, or 10 ans après, c’est plutôt le manque de souvenirs qui me hante.
J’étais dans ma deuxième année d’études universitaires. J’étais en cours quand les avions se sont écrasés contre les tours du World Trade Center et j’y étais toujours quand elles se sont effondrées. C’était avant l’ère de Facebook et Twitter ; il n’y avait pas d’update, ni de tweet pour nous avertir de la tragédie qui se déroulait en dehors de notre salle de classe. Quand j’ai finalement pris connaissance des attaques terroristes, c’était déjà le passé, c’était devenu l’Histoire.
Si j’ouvrais le tiroir qui contient mes souvenirs de cette journée, il y aurait très peu de choses. Comme des morceaux de papier et des bibelots trouvés perdus, rien n’a de valeur ni de signification à part pour celui qui les y a rangés. Dans ce tiroir, on découvre, par exemple, le petit bureau de la femme qui m’a annoncé que les tours n’existaient plus, la cabine téléphonique dans laquelle j’ai essayé désespérément de contacter ma famille, le cookie qu’une copine m’a offert car elle ne connaissait pas les mots pour me consoler. Un pauvre ensemble pour un événement qui a profondément marqué ma vie.
Il a marqué ma vie, d’abord parce que j’ai cru voir tout mon univers s’effondrer avec l’écroulement des deux tours. Mais aussi parce que, bien que j’aie appris que, non, en fait, la vie continuerait à peu près comme avant, ce serait maintenant avec la connaissance intime de l’horreur. Le grondement que fait un réacteur de jet juste au dessus me remplit et me remplira toujours d’angoisse. Même 10 ans après, il m’arrive par moments, quand je me couche le soir, que les images de ce jour défilent devant mes yeux comme une vieille projection sans son. Ces images passent en boucle, comme c’était fait à la télé, jusqu’au soulagement d’un sommeil épuisé.
Les vrais souvenirs appartiennent aux autres, comme ceux de mes deux oncles qui travaillaient dans la tour sud à l’époque, et qui ont échappé à la mort par un coup du hasard : l’un faisait la queue à la poste du quartier ce matin-là et a donc assisté de la rue au spectacle horrifiant ; l’autre a suivi son responsable qui a décidé de quitter leur tour et de descendre par l’ascenseur qui leur a fait gagner de précieuses minutes, échappant ainsi au deuxième avion qui leur aurait coupé l’issue. Ceux d’une cousine, en route pour son lycée proche des deux tours, qui ne comprenait pas ce qu’elle voyait et qui a conclu que c’était un tournage de film. Ceux de ma sœur, évacuée de son bureau non loin, qui n’a pas voulu apercevoir les corps parmi les papiers qui tombaient des tours enflammées. Ou bien ceux d’un cousin qui a avoué des années après, dans le silence clinique d’une salle d’attente hôpital, avoir marché sur d’autres personnes en fuyant le nuage de fumée d’une tour effondrée.
La Guadeloupe d’en-France

La vendeuse m’a tendu La Guadeloupe d’en-France de Robert Valérius quand je lui ai demandé de me conseiller quelque chose sur la vie et la culture en Guadeloupe. Le livre, en fait, est beaucoup plus limité en portée, proposant une analyse spécifique sur les rapports entre la Guadeloupe et la France, et seulement du milieu des années1940 à nos jours. Avec 153 pages, il n’y en a simplement pas assez pour que Valérius puisse discuter et analyser en profondeur. Cependant, il produit une excellente introduction.
Valérius décrit ce qui est, dans l’essentiel, une histoire d’amour torride entre la Guadeloupe et la France. Son livre débute avec la loi de 1946, qui transforme la Guadeloupe, la colonie, en la Guadeloupe, le département. Les Guadeloupéens voyaient le changement de statut avec espoir et orgueil. Il y avait de l’espoir que le nouveau rapport avec la France améliorerait considérablement le niveau de vie par les interventions économiques et sociales. Et il y avait de l’orgueil d’être assimilés complètement comme Français et devenir des citoyens français.
Les difficultés ont survenu quand la loi de 1946 ne répond pas aux attentes des Guadeloupéens. Les Guadeloupéens se sont, peut-être, exposés à la déception. Valérieus écrit : « Les Guadeloupéens étaient forcés de reconnaître que la loi de 1946 n’avait pas transformé, d’un coup de baguette magique, un pays sous-développé en pays développé ». Cependant, une partie de cette déception provenait de l’application irrégulière de la loi. Dix ans après la départementalisation, les différences importantes persistaient entre les droits et services dus à un citoyen français vivant en métropole et un autre vivant en Guadeloupe. De plus, ni l’aide économique, ni la hausse de demandes pour les exportations guadeloupéennes n’ont jamais été réalisées. Finalement, les Guadeloupéens ont perdu beaucoup de contrôle sur leurs propres affaires en tant que département, en cédant le pouvoir à la Préfecture.
Tout cela amène au soutien général parmi les Guadeloupéens pour revoir la loi de 1946. Ces débats, eux-mêmes, demandent finalement justification pour le lien même entre la Guadeloupe et la France. Plusieurs groupes et mouvements sont nés, chacun mettait en avant des objectifs similaires ou opposés. Certains voulaient simplement l’application totale et complète de la loi de 1946. D’autres voulaient un statut entièrement différent pour la Guadeloupe. D’autres encore voulaient l’indépendance.
Valérius se lance alors dans une analyse des raisons pour lesquelles les deux derniers groupes ont échoué à transformer la Guadeloupe en une entité autre que département, ou en un pays indépendant. En effet, la lecture de son analyse laisse comprendre que ces mouvements étaient condamnés à l’échec. Je ne répéterai pas tous les arguments ici, mais ils sont principalement liés à l’identité de la Guadeloupe, et que cette identité – du passé, présent et futur – rejette une existence détachée de la France.
Je ferai quelques critiques sur ce livre : il y gagnerait avec une édition plus rigoureuse. L’organisation et le chapitrage du livre ne sont pas évidents, et parfois, les mêmes idées apparaissent – même brièvement – n’importe où. Valérius saupoudre librement son texte de sigles de divers mouvements politiques ; la plupart ne donnant lieu à aucun développement, ces sigles apparaissent donc comme une sorte de remplissage pour étoffer le nombre de mots. Il semble que Valérius écrive pour le lectorat guadeloupéen (cela peut être intentionnel). Parfois, les événements de telle ou telle date, ou les conséquences de tel ou tel événement ne sont pas explicités. Cela peut laisser le lecteur un peu perdu.
Toutefois, le sujet est passionnant. Savoir l’histoire derrière les rapports entre la Guadeloupe et la France c’est comprendre la société, la culture et la politique locales plus profondément.
Par exemple, la chlordécone était un pesticide qui a été beaucoup utilisé sur les plantations de bananes aux Antilles. Ce qui fait scandale est que, malgré sa prohibition aux États-Unis en 1976, le produit chimique n’a pas été interdit en France avant 1990. De plus, les producteurs locaux ont demandé et ont reçu une dérogation pour continuer à l’utiliser pendant trois ans de plus. La chlordécone est cancérigène et soupçonnée d’être la cause des taux importants de cancer et de la stérilité en Guadeloupe. Bien sûr, c’était une histoire de fric. Sans la chlordécone, les producteurs auraient été confrontés aux augmentations énormes des coûts de production. Les bananes produites ici étaient déjà fortement concurrencées par celles d’Afrique, où les coûts de travail étaient moins importants. Est-ce que la France a fermé les yeux à la santé de ses citoyens d’outremer pour des raisons financières ? La réponse n’est pas si simple. À cette époque, la France était confrontée à un mouvement indépendantiste guadeloupéen (avec ses groupes extrémistes et violents) de plus en plus soutenu, et qui tirait sa popularité du mécontentement général du niveau de vie en baisse. Si la France avait suivi les États-Unis avec l’interdiction de la chlordécone, l’économie de la Guadeloupe – qui, à l’époque, dépendait quasiment exclusivement de la banane – aurait subi un coup dur. Cela aurait pu faire pencher la balance et donner au mouvement indépendantiste ce dont il avait besoin pour mener une campagne à la réussite.
Évidemment, l’histoire finit avec la Guadeloupe et la France ensemble, lesquelles vécurent heureux. Ou pas. Valérius finit avec une liste des obstacles sociaux et politiques que rencontre la Guadeloupe. La plupart semble être sans rapport avec la France. Il semble, alors, que Valérius est d’avis que la France n’était pas, et n’est pas, le problème.
Tombola lokal

Deux gamins sont passés la semaine dernière pour vendre des tickets de tombola pour financer un voyage sportif. Je ne me rappelle plus si j’avais demandé préalablement quels étaient les prix avant d’acheter. Mais, après avoir vu la liste de 5 premiers prix, j’espérais vraiment gagner le cabri. J’ai pensé que si c’était la carcasse, nous serions fournis en viande pendant un mois, et si c’était vivant, nous pourrions le garder comme animal domestique, comme notre chat. Malheureusement, je n’ai rien gagné.


