La Guadeloupe en Traduction

Le blog bilangue d'une traductrice du français vers l'anglais en Guadeloupe

La Guadeloupe d’en-France

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Le Phare de Vieux-Fort, Guadeloupe

La vendeuse m’a tendu La Guadeloupe d’en-France de Robert Valérius quand je lui ai demandé de me conseiller quelque chose sur la vie et la culture en Guadeloupe. Le livre, en fait, est beaucoup plus limité en portée, proposant une analyse spécifique sur les rapports entre la Guadeloupe et la France, et seulement du milieu des années 1940 à nos jours. Avec 153 pages, il n’y en a simplement pas assez pour que Valérius puisse discuter et analyser en profondeur. Cependant, il produit une excellente introduction.

Valérius décrit ce qui est, dans l’essentiel, une histoire d’amour torride entre la Guadeloupe et la France. Son livre débute avec la loi de 1946, qui transforme la Guadeloupe, la colonie, en la Guadeloupe, le département. Les Guadeloupéens voyaient le changement de statut avec espoir et orgueil. Il y avait de l’espoir que le nouveau rapport avec la France améliorerait considérablement le niveau de vie par les interventions économiques et sociales. Et il y avait de l’orgueil d’être complètement assimilés comme Français et de devenir des citoyens français.

Les difficultés ont survenu quand la loi de 1946 ne répond pas aux attentes des Guadeloupéens. Les Guadeloupéens se sont, peut-être, exposés à la déception. Valérieus écrit : « Les Guadeloupéens étaient forcés de reconnaître que la loi de 1946 n’avait pas transformé, d’un coup de baguette magique, un pays sous-développé en pays développé ». Cependant, une partie de cette déception provenait de l’application irrégulière de la loi. Dix ans après la départementalisation, les différences importantes persistaient entre les droits et services dus à un citoyen français vivant en métropole et un autre vivant en Guadeloupe. De plus, ni l’aide économique, ni la hausse de demandes pour les exportations guadeloupéennes n’ont jamais été réalisées. Finalement, les Guadeloupéens ont perdu beaucoup de contrôle sur leurs propres affaires en tant que département, en cédant le pouvoir à la Préfecture.

Tout cela amène au soutien général parmi les Guadeloupéens pour revoir la loi de 1946. Ces débats, eux-mêmes, demandent finalement justification pour le lien même entre la Guadeloupe et la France. Plusieurs groupes et mouvements sont nés, chacun mettait en avant des objectifs similaires ou opposés. Certains voulaient simplement l’application totale et complète de la loi de 1946. D’autres voulaient un statut entièrement différent pour la Guadeloupe. D’autres encore voulaient l’indépendance.

Valérius se lance alors dans une analyse des raisons pour lesquelles les deux derniers groupes ont échoué à transformer la Guadeloupe en une entité autre que département, ou en un pays indépendant. En effet, la lecture de son analyse laisse comprendre que ces mouvements étaient condamnés à l’échec. Je ne répéterai pas tous les arguments ici, mais ils sont principalement liés à l’identité de la Guadeloupe, et que cette identité – du passé, présent et futur – rejette une existence détachée de la France.

Je ferai quelques critiques sur ce livre : il y gagnerait avec une édition plus rigoureuse. L’organisation et le chapitrage du livre ne sont pas évidents, et parfois, les mêmes idées apparaissent – même brièvement – n’importe où. Valérius saupoudre librement son texte de sigles de divers mouvements politiques; la plupart ne donnant lieu à aucun développement, ces sigles apparaissent donc comme une sorte de remplissage pour étoffer le nombre de mots. Il semble que Valérius écrive pour le lectorat guadeloupéen (cela peut être intentionnel). Parfois, les événements de telle ou telle date, ou les conséquences de tel ou tel événement ne sont pas explicités. Cela peut laisser le lecteur un peu perdu.

Toutefois, le sujet est passionnant. Savoir l’histoire derrière les rapports entre la Guadeloupe et la France est comprendre la société, la culture et la politique locales plus profondément.

Par exemple, la chlordécone était un pesticide qui a été beaucoup utilisé sur les plantations de bananes aux Antilles. Ce qui fait scandale est que, malgré sa prohibition aux États-Unis en 1976, le produit chimique n’a pas été interdit en France avant 1990. De plus, les producteurs locaux ont demandé et ont reçu une dérogation pour continuer à l’utiliser pendant trois ans de plus. La chlordécone est cancérigène et soupçonnée d’être la cause des taux importants de cancer et de la stérilité en Guadeloupe. Bien sûr, c’était une histoire d’argent. Sans la chlordécone, les producteurs auraient été confrontés aux augmentations énormes des coûts de production. Les bananes produites ici étaient déjà fortement concurrencées par celles d’Afrique, où les coûts de travail étaient moins importants. Est-ce que la France a fermé les yeux à la santé de ses citoyens d’outremer pour des raisons financières? La réponse n’est pas si simple. À cette époque, la France était confrontée à un mouvement indépendantiste guadeloupéen (avec ses groupes extrémistes et violents) de plus en plus soutenu, et qui tirait sa popularité du mécontentement général du niveau de vie en baisse. Si la France avait suivi les États-Unis avec l’interdiction de la chlordécone, l’économie de la Guadeloupe – qui, à l’époque, dépendait quasiment exclusivement de la banane – aurait subi un coup dur. Cela aurait pu faire pencher la balance et donner au mouvement indépendantiste ce dont il avait besoin pour mener une campagne à la réussite.

Évidemment, l’histoire finit avec la Guadeloupe et la France ensemble, lesquelles vécurent heureuse. Ou pas. Valérius finit avec une liste des obstacles sociaux et politiques que rencontre la Guadeloupe. La plupart semble être sans rapport avec la France. Il semble, alors, que Valérius est d’avis que la France n’était pas, et n’est pas, le problème.

The disinterested bookseller handed me La Guadeloupe d’en-France by Robert Valérius when I asked her to recommend me something about life and culture in Guadeloupe. The book is actually far more limited in scope, analyzing specifically Guadeloupe’s relationship with France, and only from mid-1940s to present. At 153 pages, there simply aren’t enough pages for Valérius to discuss or analyze thoroughly. However, it makes for an excellent introduction.

Valérius describes what is essentially a torrid love-affair between Guadeloupe and France. His book begins with the law of 1946, which transforms Guadeloupe the colony into Guadeloupe the département, making it a “state” of France. Guadeloupeans looked upon the change in statute with hope and pride. There was hope that the new relationship with France would vastly improve living standards through economic and social intervention. And there was pride to fully assimilate as French and to become French citizens.

Problems arose when the law of 1946 failed to meet the expectations of Guadeloupeans. Guadeloupeans, had, perhaps, set themselves up for disappointment. Valérius writes, “Guadeloupeans were forced to recognize that the law of 1946 had not, with a wave of the magic wand, transformed an underdeveloped country into a developed country.” But, part of that disappointment stemmed from the uneven application of the law. Ten years after departmentalization, considerable differences persisted between the rights of and the services due a French citizen living in continental France and one living in Guadeloupe. Additionally, neither the economic aid, nor the increase in demand for Guadeloupean exports was ever realized. Finally, Guadeloupeans lost considerable control over their own affairs in becoming a département by ceding power to the Prefecture.

This led to the popular support among Guadeloupeans for a review of the law of 1946. These discussions eventually demand justification for Guadeloupe’s very relationship with France. Several groups and movements arose, each supporting similar and/or opposing goals. Certain groups wanted simply the full and complete application of the law of 1946. Others wanted an altogether different statute for Guadeloupe. Still others wanted independence.

Valérius then launches into an analysis of why the second two groups fail to transform Guadeloupe into a sub-entity other than département, or into an independent country. Indeed, to read his analysis is to understand that these movements were doomed to failure. I won’t repeat all his arguments here, but they are largely related to the identity of Guadeloupe, and that that identity–past, present, and future–rejects an existence un-tethered to France.

I would make a few critiques of the book: The book could probably be improved by more rigorous editing. The organization and chaptering of the book are not readily apparent, and at times the same ideas seem to make appearances–however brief–whenever they please. Valérius also sprinkles his text liberally with abbreviations of various political groups; most go undiscussed, so appears to be the sort of filler students use to pad word count. Valérius also seems to be writing specifically for a Guadeloupean audience. (This may be intentional.) At times, the events of such-and-such date, nor the consequences of such-and-such event are not made explicit. This can leave the reader a bit bewildered.

Nevertheless, the topic is fascinating. To know the history behind the relationship between Guadeloupe and France is to understand local society, culture and politics at a much deeper level.

For example, chlordecone was a pesticide heavily used on banana plantations in the French West Indies. The scandal is that, despite being banned for use in the US in 1976, the chemical was not banned in France until 1990. In addition, banana growers here requested and received a derogation and were allowed to continue using the substance for three more years. Chlordecone is carcinogenic and believed to be the cause of high cancer and infertility rate in Guadeloupe. Of course, this was about money. Without chlordecone, banana growers would have faced huge increases in production costs. Bananas produced here were already facing stiff competition from bananas produced in Africa, where labor costs were far lower. Did France turn a blind eye to the health of its overseas citizens for financial reasons? The answer is not so simple. At the time, France was facing an increasingly popular Guadeloupean independence movement (complete with extremist and violent groups) which drew its power from general dissatisfaction with decreasing living standards. Had France followed the United States in banning chlordecone, the economy of Guadeloupe–which was at the time almost entirely dependent on banana production–would have suffered a serious blow. This might have tipped the scale and given the independence movement what it needed to lead a successful campaign.

Obviously, the story ends with Guadeloupe and France together, living happily ever after. Or not. Valérius ends with what is essentially a list of social and political challenges that face Guadeloupe. Most seem entirely unrelated to France. It would seem then, that Valérius is making the argument that perhaps France was, and also is, not the problem.

Written by May

July 12th, 2011 at 8:49 am

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