La Guadeloupe en Traduction

Le blog bilangue d'une traductrice du français vers l'anglais en Guadeloupe

Archive for June, 2015

Jacky Dahomay : le peuple antillais

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Rusted sign of Viviès Frères, Pointe-à-Pitre, Guadeloupe
Jacky Dahomay est philosophe, ancien professeur et membre du Haut Conseil à l’Intégration. Très impliqué dans les discussions sur l’identité et la société antillaise, il a été récemment interviewé dans Libération après l’inauguration du Mémorial ACTe.
Ses réflexions paraissent régulièrement dans les médias antillais (Potomitan) et français (Libération, Monde, Mediapart). Voici un extrait (et en dessous sa traduction en anglais).

Je pense que, s’il existe un droit incontestable à l’indépendance, la nation est un choix. Il se trouve que l’écrasante majorité de la population de nos îles refuse l’indépendance et le montre à chaque élection. Dans la situation mondiale actuelle, l’indépendance serait illusoire – même l’Etat grec n’est pas indépendant. L’indépendance, pour un pays de 420 000 habitants ? Cela entraînerait une terrible régression sociale. En même temps, cette appartenance française est mal vécue parce qu’elle n’a pas été voulue dans la clarté d’un débat public. Les Guadeloupéens doivent dire clairement ce qu’ils veulent : l’indépendance ou l’autonomie. Il faut un débat qui implique toute la société civile. C’est de là que peut sortir une vision plus claire du bien commun et de notre appartenance à la France. Je ne vois pas d’autre solution pour l’instant.

Je suis républicain dans ma conception de l’évolution statutaire de nos pays. Le problème est que l’idée de République est en crise. Les difficultés à intégrer les Français originaires d’anciennes colonies le prouvent. Il faut une refondation républicaine, les Antilles peuvent y participer. Il faut aussi une radicalisation de la démocratie, le peuple ne pèse plus assez sur les décisions, les règlements remplacent la loi. Il faut enfin ce que j’appelle une «gauche radicale», qui s’écarte des théories révolutionnaires du passé qui, se fondant sur le droit du peuple, mettaient en sourdine les droits de l’homme et laissaient une large place à la violence.

Mais surtout, ce que je propose, c’est de repenser cette histoire de peuple. Un peuple n’est pas une substance éternelle et immuable, c’est une construction. On est peut-être un peuple au plan de l’histoire, mais il faut faire peuple différemment.

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Written by May

June 22nd, 2015 at 11:56 am