La Guadeloupe en Traduction

Le blog bilangue d'une traductrice du français vers l'anglais en Guadeloupe

Vocabulaire d’Outre-Mer : Béké

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Overseas Glossary: BékéEncore une entrée du « Vocabulaire d’Outre-Mer » du Monde.

Another entry from Le Monde’s “Vocabulaire d’Outre-Mer”:

Béké

A term designating a small minority of White creoles in Martinique, descendants of rich slave-holding colonists from Europe who settled in the Caribbean often centuries ago, and who control a large share of the economic power in the French West Indies. The term appeared during the era of the French Revolution. Its etymology remains vague: some believe that the term comes from the regular use of the expression “Eh bé qué?” (“Et bien quoi?”, meaning “And what?”) or a deformation of the locution blanc créole, becoming B.K. then béké. Others lend support for the abbreviation of the term blanc du quai, or White man from the quay. Békés are distinguished from métros, recent arrivals from metropolitan France, with whom there is little mixing. The Békés dominance of the economy, discernible in large retail sector, is a source of complaint by Martinican and Guadeloupean activists who stigmatize the group’s arrogance and prejudices maintained from the slave era.

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November 14th, 2012 at 6:51 pm

La Rue cases-nègres

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A window of a house in Pointe-à-Pitre, Guadeloupe

Un excellent moyen de connaître un endroit est de découvrir sa littérature. La Rue Cases Nègres de Joseph Zobel est un roman classique des Antilles.

Le roman semi-autobiographique raconte la vie d’enfance d’un garçon qui s’appelait Joseph Hassam en Martinique. José—comme on l’appelle—vit avec sa grand-mère, M’man Tine, sur une habitation de canne à sucre pendant les années 30, à l’époque où les noirs étaient libres, mais maintenus dans la pauvreté extrême dans le travail sur les champs des blancs (appelés « Békés »). Le titre du roman, La Rue Cases Nègres—décrit la rangée des « maisons » où les travailleurs vivent. Le début du roman décrit le monde de José, et raconte ses aventures, du point de vue d’un enfant.

Dans le passage suivant, José a découvert qu’il peut pêcher des crevettes dans un ruisseau non loin, pendant que M’man Tine travaille dans les champs :

C’était merveilleux. L’attention haletante avec laquelle je surveillais la ligne, l’émotion aiguë lancée au cœur par le plus insensible mouvement du flotteur…Plus merveilleux encore, le monde des crevettes tel que j’imaginais: des mornes, des sentiers et des traces, des champs, des cases. Le tout en eau claire. Là vivaient les crevettes translucides, les papas-crevettes, les mamans, les enfants, qui parlaient en langage d’eau. Quand j’en avais pris une grosse, c’était peut-être un papa, ou une maman qui revenait du travail. Et je songeais au chagrin de leurs enfants qui pleureraient inconsolablement, et dont les larmes feraient peut-être grossir la rivière. Quand c’était une petite, je me représentais la désolation de ses parents … et je regrettais d’autant plus celles que je manquais, que je redoutais qu’elles n’aillent conseiller aux autres de se méfier de mon hameçon suspendu sous l’apparence d’un appétissant ver de terre.

Cependant, sa vie dans la campagne bucolique ne cache pas l’existence misérable des noirs à cette époque. M’man Tine se bat pour envoyer José à l’école, qu’elle voit comme la seule sortie des champs de canne à sucre pour son petit fils, et pour les noirs. Ci-dessous, José vient de demander à M’man Tine pourquoi il ne peut pas travailler dans le champ comme les autres enfants de la rue Cases Nègres :

Petit misérable! s’écria ma grand-mère; tu voudrais que je te fiche dans les petites-bandes, toi aussi! … Eh bé! J’aurais dû, pour de bon, t’envoyer ramasser du para (1), ou mettre du guano, comme ont fait les autres! C’est ce qu’il faudrait pour connaitre la misère et apprendre à te comporter…Hein! comment cela pourrait-il finir si les pères y foutent leurs fils là-dedans, dans la même malheur?

La deuxième partie du roman raconte les difficultés rencontrées à l’école et sa nouvelle vie à Fort-de-France.

C’est une histoire merveilleuse, et les personnages sont vraiment inoubliables. José est précoce et le lecteur est vite enchanté par son intelligence et sa franchise. M’man Tine est une force impressionnante, et le lecteur, tout comme José, la considère avec autant d’affection que de peur.

Le roman a été adapté en film en 1983 par Euzhan Palcy. Le film suit l’intrigue de manière générale, mais diffère dans certains détails. Après qu’on lui a demandé lors d’une interview s’il aimait le film, Zobel a répondu, « Je ne regrette pas l’adaptation qu’en a fait mademoiselle Palcy, c’est autre chose que mon livre, peu m’importe la manière dont les deux ont été reçus par le public… » (2). Je crois que le film saisit l’essentiel du roman. Les acteurs principaux, Garry Cadenat en José, et Darling Légitimus en M’man Tine, sont merveilleux.

(1) para n.m. “graminée pouvant servir de fourrage mais redoutée comme parasite dans les plantations de canne à sucre”. -> herbe couresse ; herbe de Guinée.” (définition extraite de Richesses du français et géographie linguistique, études rassemblées par Rézeau Pierre)
(2) Interview avec Simone DUMAS

 

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September 5th, 2012 at 11:32 am

La vie aux îles, la bande son

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La vie aux îles, la bande son

  1. Mitch Eaton – “Original Intro”
  2. Miike Snow – “Animal
  3. Xavier Rudd – “Guku
  4. Xavier Rudd – “Up in Flames
  5. Mackintosh Braun – “Now
  6. Mackintosh Braun – “The Sound
  7. Yeasayer – “O.N.E
  8. Blonde Readhead – “23
  9. Mitch Eaton – “Hawaii22”
  10. The Almighty Defenders – “All My Lovin’
  11. Mariza – “Transparente
  12. Edward Sharpe & The Magnetic Zeros – “Home
  13. Rob Machado – “Untitled”
  14. The Dutchess and the Duke – “Reservoir Park
  15. Jack Penate – “Everything is New
  16. Zilero – “Ai, Ai, Ai

La bande son de la vie change quand on déménage dans les îles. Le son parfait pour rouler sur une route sinueuse avec vue sur la mer vient du film de surf Cancer to Capricorn – The Path of the Modern Gypsy. Sauf que la BO n’existe pas. Vous devrez assembler celle-ci vous même, un morceau à la fois.

J’ai fait une « playlist » partielle pour vous, qui comprend les titres 2, 5, 6, 7, 8, 10, 14, 15.

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July 12th, 2012 at 6:30 pm

Le bokit

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Bokit poulet indien, Guadeloupe

Les immanquables bokits sont vendus dans des camionnettes et des cabanes au bord des plages et sur les places des villes un peu partout sur l’île. Il paraît que le bokit a des origines guadeloupéennes; toutefois on le trouve dans toutes les Antilles françaises.

Alors, c’est quoi, un bokit ? Les Guadeloupéens eux-mêmes aiment dire qu’il est le hamburger local, mais les ressemblances s’arrêtent au fait qu’ils sont tous les deux ronds. Le guide Michelin le décrit comme « un sorte de gros beignet fourré de légumes, de morue ou de tout ce qu’on veut à la manière des pans-bagnats ». Mais je trouve cette définition très vague, sans parler que ce n’est pas très appétissant (ça vous dit, un beignet à la morue?). Je tends à croire que la définition reflète la manque d’imagination des Français quand il s’agit des sandwiches ; si ce n’est pas sur une baguette, ce n’est pas un sandwich.

Une recette typique pour les bokits :  il faut avoir de la farine, de la matière grasse (beurre, margarine, huile, saindoux), et du ferment. Les ingrédients sont mélangés, pétris, et roulés en forme de disques. Ceux-ci sont frits dans l’huile. Si c’est réussit, le pain est croustillant et feuilleté à l’extérieur, et moelleux à l’intérieur. Le pain est fendu en deux, et fourré avec des farcis variés, le plus authentique étant la morue émiettée ou le poulet boucané. Mais on trouve souvent aussi jambon fromage et ce qu’on appelle des saucisses traditionnelles Alsaciennes, mais – je ne me suis pas fait avoir – qui sont en fait des hotdogs.

On trouve le pain frit partout dans la Caraïbe et on fait souvent la comparaison entre le bokit et les « johnny cakes » de St. Martin, ou « festival bread » de Jamaïque. Toutefois, ceux-là ont un goût décidément différent car ils sont faits avec de la farine de maïs.

Les bokits sont, alors, plutôt uniques. Bien que je n’aie aucune preuve sauf mes propres observations, je pense que les bokits sont liés au pain indien paratha. La ressemblance entre les deux n’est pas un hasard, car beaucoup de plats ici ont été influencés par les Indiens qui ont immigrés à la fin du XIXème siècle.

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May 28th, 2012 at 8:25 am

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Georges Rohner et la Guadeloupe

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Le peintre Georges Rohner a passé seulement deux ans en Guadeloupe et pourtant il est probablement l’un de peintres les plus connus de l’île.

Né en 1913, Rohner était un membre fondateur du groupe des artistes dits Forces nouvelles, des « objetistes » qui mettaient en valeur la forme, le volume et le poids dans l’espace. En 1934, Rohner arrive en Guadeloupe pour faire son service militaire et est affecté à la caserne d’infanterie à Saint-Claude, située sur les contreforts de La Soufrière, non loin de  la capitale coloniale de Basse-Terre. Avec très peu de fonctions, Rohner peut se consacrer à son art, et réussit à gagner une commission pour créer plusieurs grandes peintures murales pour la mairie de Basse-Terre. D’autres commissions suivent.

De ses peintures de Guadeloupe, la plus importante est certainement Pêcheurs devant Basse-Terre, qui donne une vue magnifique sur Basse-Terre depuis la mer, encadrée par deux pêcheurs en bateaux au premier plan. Rohner rentre en France in 1936 et ne met jamais plus les pieds en Guadeloupe. Beaucoup de ses peintures murales subiront de la négligence et une mauvaise conservation. Des efforts ont été faits pour sauver les œuvres de Rohner au début des années 2000,  avec pour commencer le classement officiel comme monument historique jusqu’à la restauration complète des toiles.

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March 11th, 2012 at 9:35 am

Posted in la culture / culture

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Vocabulaire d’Outre-Mer : Antilles

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Map of the Antilles, cover Le Monde, hors série, Où en est la France d’outre-mer ?

Une année après les grèves générales de 2008/2009 en Guadeloupe, Le Monde a publié un hors série, intitulé Où en est la France d’outre-mer ? Ce numéro comprenait un glossaire « Le Vocabulaire d’Outre-Mer » qui, selon les éditeurs Jérôme Gautheret et Thomas Wieder, fournissait « quelques définitions et explications historiques pour mieux comprendre les îles, leur vocabulaire, leur mode de vie, leur code, voire leur complexité ».

Il est aberrant que le glossaire n’ait pas été dressé par quelqu’un avec une connaissance plus profonde du sujet–un historien, un écrivain, ou un sociologue (ou mieux encore, une collaboration entre les trois). La liste résultant est une soupe trop liquide, assaisonnée avec de l’exotisme, et fait de maigres ingrédients ; vous ne trouverez pas de viande. Dans le cadre d’une soi-disant analyse approfondie des causes qui ont provoqué de telles manifestations extraordinaires, il est lamentablement superficiel, s’appuie sur l’évidence, et offre un manque de rapport d’un charme suranné.

Il n’est pas complètement sans mérite, cela dit. Pour ceux qui ne pensent qu’au soleil, au sable, et aux cocotiers quand ils entendent les mots « la Caraïbe », et qui ne s’aventurent pas plus loin dans la question que le fond de leur ‘ti punch, le glossaire présente une initiation digeste. Ici, et dans les posts suivants, quelques extraits du glossaire traduits en anglais.

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November 7th, 2011 at 4:50 pm

Souvenirs du 11 septembre

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World Trade Center, New York

Je n’y étais pas. Je faisais mes études dans le Michigan.

C’est la réponse que je donne quand on apprend que je suis de New York, et qu’on cherche à savoir où j’étais le 11 septembre 2001. D’habitude, cette réponse met fin à l’interrogation et cela me convient. Je n’ai aucun envie de satisfaire la curiosité morbide, mais surtout j’estime que mes souvenirs n’en valent vraiment pas la peine. Je n’y étais pas ; que puis-je raconter ? Si je vous parlais de ce jour-là, ce que je peux raconter serait les souvenirs d’autres personnes, or 10 ans après, c’est plutôt le manque de souvenirs qui me hante.

J’étais dans ma deuxième année d’études universitaires. J’étais en cours quand les avions se sont écrasés contre les tours du World Trade Center et j’y étais toujours quand elles se sont effondrées. C’était avant l’ère de Facebook et Twitter ; il n’y avait pas d’update, ni de tweet pour nous avertir de la tragédie qui se déroulait en dehors de notre salle de classe. Quand j’ai finalement pris connaissance des attaques terroristes, c’était déjà le passé, c’était devenu l’Histoire.

Si j’ouvrais le tiroir qui contient mes souvenirs de cette journée, il y aurait très peu de choses. Comme des morceaux de papier et des bibelots trouvés perdus, rien n’a de valeur ni de signification à part pour celui qui les y a rangés. Dans ce tiroir, on découvre, par exemple, le petit bureau de la femme qui m’a annoncé que les tours n’existaient plus, la cabine téléphonique dans laquelle j’ai essayé désespérément de contacter ma famille, le cookie qu’une copine m’a offert car elle ne connaissait pas les mots pour me consoler. Un pauvre ensemble pour un événement qui a profondément marqué ma vie.

Il a marqué ma vie, d’abord parce que j’ai cru voir tout mon univers s’effondrer avec l’écroulement des deux tours. Mais aussi parce que, bien que j’aie appris que, non, en fait, la vie continuerait à peu près comme avant, ce serait maintenant avec la connaissance intime de l’horreur. Le grondement que fait un réacteur de jet juste au dessus me remplit et me remplira toujours d’angoisse. Même 10 ans après, il m’arrive par moments, quand je me couche le soir, que les images de ce jour défilent devant mes yeux comme une vieille projection sans son. Ces images passent en boucle, comme c’était fait à la télé, jusqu’au soulagement d’un sommeil épuisé.

Les vrais souvenirs appartiennent aux autres, comme ceux de mes deux oncles qui travaillaient dans la tour sud à l’époque, et qui ont échappé à la mort par un coup du hasard : l’un faisait la queue à la poste du quartier ce matin-là et a donc assisté de la rue au spectacle horrifiant ; l’autre a suivi son responsable qui a décidé de quitter leur tour et de descendre par l’ascenseur qui leur a fait gagner de précieuses minutes, échappant ainsi au deuxième avion qui leur aurait coupé l’issue. Ceux d’une cousine, en route pour son lycée proche des deux tours, qui ne comprenait pas ce qu’elle voyait et qui a conclu que c’était un tournage de film. Ceux de ma sœur, évacuée de son bureau non loin, qui n’a pas voulu apercevoir les corps parmi les papiers qui tombaient des tours enflammées. Ou bien ceux d’un cousin qui a avoué des années après, dans le silence clinique d’une salle d’attente hôpital, avoir marché sur d’autres personnes en fuyant le nuage de fumée d’une tour effondrée.

Après tout, le souvenir est la seule chose qui reste. Never forget. Ces mots, peints sur les murs partout dans la ville dès le lendemain, rappelaient la seule obligation de ceux qui ont survécu. N’oubliez jamais. Maintes fois répétée, cette phrase est devenue plus une prière qu’une exhortation car l’horreur et la douleur de ce jour infâme ne peuvent pas être effacés par les années.

Finalement, c’est la pauvreté de mes souvenirs qui me hante. Que valent mes souvenirs – composés des faits à 1000 km de Ground Zero, ou de l’odeur de brûlé en novembre mais pas de celle du feu en septembre ? Sont-ils suffisants pour m’acquitter de l’obligation de ne pas oublier ?  Je me sens coupable d’avoir échappé à toute souffrance, et même au souvenir de la souffrance. Durant les nombreuses années qui ont suivi, c’était avec l’œil craintif que je levais les yeux vers l’Empire State Building, sûre qu’un avion apparaîtrait dans le ciel pour s’écraser contre la façade. C’était peut-être aussi avec le désir de pouvoir témoigner de ce que j’avais manqué, le désir de porter un fardeau que je considère comme mien.

Lors des anniversaires les années suivantes, j’étais parfois sur New York, parfois ailleurs. Les trois dernières années, par exemple, j’étais en Guadeloupe. J’aurais pu peut-être soulager mon sentiment de culpabilité par ma présence pour l’occasion dans ma ville natale, et plus particulièrement à Ground Zero. Cependant, je suis amenée à croire que m’y rendre pour l’anniversaire serait un peu ridicule, un peu vulgaire. Il n’y a pas de place pour moi, cette retardataire. Le 10ème anniversaire ne fera pas exception : je serai encore loin de New York, le plus loin possible, en fait, de l’autre côté du globe, en déplacement à Pékin. Toutefois, la distance ne m’empêchera pas de raviver mes souvenirs et de les offrir, tout humbles qu’ils soient, à la mémoire de ceux qui sont morts ce jour-là, et d’acquitter un peu mon obligation de ne jamais oublier.

Written by May

September 11th, 2011 at 8:00 am

La Guadeloupe d’en-France

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Le Phare de Vieux-Fort, Guadeloupe

La vendeuse m’a tendu La Guadeloupe d’en-France de Robert Valérius quand je lui ai demandé de me conseiller quelque chose sur la vie et la culture en Guadeloupe. Le livre, en fait, est beaucoup plus limité en portée, proposant une analyse spécifique sur les rapports entre la Guadeloupe et la France, et seulement du milieu des années 1940 à nos jours. Avec 153 pages, il n’y en a simplement pas assez pour que Valérius puisse discuter et analyser en profondeur. Cependant, il produit une excellente introduction.

Valérius décrit ce qui est, dans l’essentiel, une histoire d’amour torride entre la Guadeloupe et la France. Son livre débute avec la loi de 1946, qui transforme la Guadeloupe, la colonie, en la Guadeloupe, le département. Les Guadeloupéens voyaient le changement de statut avec espoir et orgueil. Il y avait de l’espoir que le nouveau rapport avec la France améliorerait considérablement le niveau de vie par les interventions économiques et sociales. Et il y avait de l’orgueil d’être complètement assimilés comme Français et de devenir des citoyens français.

Les difficultés ont survenu quand la loi de 1946 ne répond pas aux attentes des Guadeloupéens. Les Guadeloupéens se sont, peut-être, exposés à la déception. Valérieus écrit : « Les Guadeloupéens étaient forcés de reconnaître que la loi de 1946 n’avait pas transformé, d’un coup de baguette magique, un pays sous-développé en pays développé ». Cependant, une partie de cette déception provenait de l’application irrégulière de la loi. Dix ans après la départementalisation, les différences importantes persistaient entre les droits et services dus à un citoyen français vivant en métropole et un autre vivant en Guadeloupe. De plus, ni l’aide économique, ni la hausse de demandes pour les exportations guadeloupéennes n’ont jamais été réalisées. Finalement, les Guadeloupéens ont perdu beaucoup de contrôle sur leurs propres affaires en tant que département, en cédant le pouvoir à la Préfecture.

Tout cela amène au soutien général parmi les Guadeloupéens pour revoir la loi de 1946. Ces débats, eux-mêmes, demandent finalement justification pour le lien même entre la Guadeloupe et la France. Plusieurs groupes et mouvements sont nés, chacun mettait en avant des objectifs similaires ou opposés. Certains voulaient simplement l’application totale et complète de la loi de 1946. D’autres voulaient un statut entièrement différent pour la Guadeloupe. D’autres encore voulaient l’indépendance.

Valérius se lance alors dans une analyse des raisons pour lesquelles les deux derniers groupes ont échoué à transformer la Guadeloupe en une entité autre que département, ou en un pays indépendant. En effet, la lecture de son analyse laisse comprendre que ces mouvements étaient condamnés à l’échec. Je ne répéterai pas tous les arguments ici, mais ils sont principalement liés à l’identité de la Guadeloupe, et que cette identité – du passé, présent et futur – rejette une existence détachée de la France.

Je ferai quelques critiques sur ce livre : il y gagnerait avec une édition plus rigoureuse. L’organisation et le chapitrage du livre ne sont pas évidents, et parfois, les mêmes idées apparaissent – même brièvement – n’importe où. Valérius saupoudre librement son texte de sigles de divers mouvements politiques; la plupart ne donnant lieu à aucun développement, ces sigles apparaissent donc comme une sorte de remplissage pour étoffer le nombre de mots. Il semble que Valérius écrive pour le lectorat guadeloupéen (cela peut être intentionnel). Parfois, les événements de telle ou telle date, ou les conséquences de tel ou tel événement ne sont pas explicités. Cela peut laisser le lecteur un peu perdu.

Toutefois, le sujet est passionnant. Savoir l’histoire derrière les rapports entre la Guadeloupe et la France est comprendre la société, la culture et la politique locales plus profondément.

Par exemple, la chlordécone était un pesticide qui a été beaucoup utilisé sur les plantations de bananes aux Antilles. Ce qui fait scandale est que, malgré sa prohibition aux États-Unis en 1976, le produit chimique n’a pas été interdit en France avant 1990. De plus, les producteurs locaux ont demandé et ont reçu une dérogation pour continuer à l’utiliser pendant trois ans de plus. La chlordécone est cancérigène et soupçonnée d’être la cause des taux importants de cancer et de la stérilité en Guadeloupe. Bien sûr, c’était une histoire d’argent. Sans la chlordécone, les producteurs auraient été confrontés aux augmentations énormes des coûts de production. Les bananes produites ici étaient déjà fortement concurrencées par celles d’Afrique, où les coûts de travail étaient moins importants. Est-ce que la France a fermé les yeux à la santé de ses citoyens d’outremer pour des raisons financières? La réponse n’est pas si simple. À cette époque, la France était confrontée à un mouvement indépendantiste guadeloupéen (avec ses groupes extrémistes et violents) de plus en plus soutenu, et qui tirait sa popularité du mécontentement général du niveau de vie en baisse. Si la France avait suivi les États-Unis avec l’interdiction de la chlordécone, l’économie de la Guadeloupe – qui, à l’époque, dépendait quasiment exclusivement de la banane – aurait subi un coup dur. Cela aurait pu faire pencher la balance et donner au mouvement indépendantiste ce dont il avait besoin pour mener une campagne à la réussite.

Évidemment, l’histoire finit avec la Guadeloupe et la France ensemble, lesquelles vécurent heureuse. Ou pas. Valérius finit avec une liste des obstacles sociaux et politiques que rencontre la Guadeloupe. La plupart semble être sans rapport avec la France. Il semble, alors, que Valérius est d’avis que la France n’était pas, et n’est pas, le problème.

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July 12th, 2011 at 8:49 am

2ème Congrès international des écrivains de la Caraïbe

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Plumeria, Terre-de-Haut, Guadeloupe

Le mois dernier la Guadeloupe était le lieu du 2ème Congrès International des Écrivains de la Caraïbe.

J’ai eu l’occasion d’assister au premier congrès en décembre 2008. Cette année-là, Derek Walcott était l’invité d’honneur. Il y avait absence d’un thème unifiant, et quelques problèmes d’organisation. Cependant, une émotion palpable d’excitation régnait sur tout le congrès ; c’était, je crois, le début de quelque chose d’important.

Cette année, je n’ai assisté qu’au deuxième jour du congrès. Le discours ce jour-là se concentrait surtout sur les caractéristiques qui unissent les îles (l’histoire, la culture) et celles qui les séparent (les langues, la politique). J’ai remarqué un motif sous-jacent qu’on n’a jamais cité de nom : l’économie. Il est possible que le commerce soit considéré comme vulgaire dans le monde littéraire. Cependant, il est évident que le renforcement des liens économiques entre les îles, et le retrait des barrières au mouvement des marchandises et des gens feraient beaucoup également pour encourager l’échange culturel. Par exemple, Velma Pollard et Erna Brodber ont parlé des liens culturels qui devenaient possibles par les ferries inter-îles qui étaient courants. Ou bien, autre exemple, Merle Hodge a remarqué que dans ses voyages en Afrique, les gens là-bas parlent plusieurs langues, et que la Caraïbe devrait suivre cet exemple. Or, l’impulsion derrière ces ferries ainsi que le polyglottisme des Africains est économique. En effet, les centres culturels sont d’abord souvent des centres de commerce.

En tout cas, des discussions très intéressantes. En espérant qu’elles continuent.

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May 12th, 2011 at 12:09 pm

Manœuvres de surf

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Guadeloupe Janvier 2011 – Arthur Bourbon from Arthur Bourbon on Vimeo.

Le surf, comme tout sport, utilise une terminologie spécialisée, ce qui rend toute conversation autour du surf difficile à déchiffrer pour les exclus. Comme le sport est relativement jeune et caractérisé par la contre culture, les termes apparaissent complètement aléatoires, sont parfois descriptifs, mais fréquemment drôles. En feuilletant le dernier numéro du magazine de surf français, Surf Session (qui fête ses 25 ans), j’ai trouvé leur article sur l’évolution des manœuvres ces 25 dernières années. Ne laissez pas le texte rose fluo et les filles presque nues sur les pages précédentes vous tromper : c’est de l’extrêmement technique. Peu importe que ces termes soient en anglais même quand le texte est en français. Je pourrais lire le même article en traduction anglaise et j’aurais le même niveau de compréhension. Voici un aperçu:

Justement, c’est en multipliant les différents grabs que les surfeurs cherchent encore à se différencier et à gagner en style ces temps-ci. Out le double grab, vive le slob air où la main avant vient catcher entre les deux orteils, ou mieux encore, la main arrière qui vient choper le rail entre les talons pour un stalefish du plus bel effet.

Essayer de chercher les termes et les définitions peut vous laisser plus confus qu’avant !

grab : une manœuvre où le surfer tient la planche avec sa main/ses mains un bref instant pendant qu’il exécute une figure aérienne.
double grab : une forme de grab où le surfer tient la planche avec une main devant lui et un autre derrière lui.
slob air : une forme de grab où le surfer tient la planche devant lui avec la main avant.
stalefish : une forme de grab où le surfeur tient la planche derrière lui entre ses deux jambes avec la main arrière.

En tout cas, mon terme de surf préféré est quiver, qui veut dire carquois en anglais, et qui désigne l’arsenal des planches d’un surfeur. Un éventail des formes et tailles de planches est important pour un surfeur car les différentes conditions dans l’eau requièrent une polyvalence dans le choix de planche. Je trouve le terme très évocateur.

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Written by May

March 7th, 2011 at 8:06 pm